"Hyper locale", l'avenir de la presse française ?

Pierre Emery 0 Commentaires
Imprimer

Aux États-Unis, le journalisme hyper local est présenté comme l’avenir d’une presse écrite en crise. Depuis 2009, les initiatives sont nombreuses, parfois même agrégées les unes aux autres. La presse française est à la recherche de ses lecteurs et semble séduite par l’idée,  elle peine malgré tout à trouver un modèle économique.

L'hyperlocale à la main

L’information locale, longtemps chasse gardée de la presse régionale, change de main. Aux États-Unis de grands groupes comme Time ou le New York Times proposent de l’information locale avec des succès relatifs (cf. la liste de Gohyperlocal). Puisque le New York Times a récemment abandonné son « expérience » The Local. Google News ou MSNBC se lancent aussi dans l’information locale comme agrégateurs : informations pratiques, articles de l’édition papier mis en ligne ou encore billets de blog, tout y passe.

La presse française se lance timidement dans l’expérience, ainsi le groupe Ouest France lance maville.com à Nantes en 1998. Au cours des années 2000, la couverture s’étend petit à petit dans toute la France, Ouest France vendant la franchise, maville.com est présent aujourd'hui dans 13 régions sur 22. La zone de couverture historique du journal (Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie) de maville.com est finanée par la filiale multimédia de Ouest France et par la publicité, sans plus de précisions de la part du groupe.

Pas de modèle précis pour les déclinaisons locales de Libération non plus, dans huit grandes villes de France. Chacun des sites est alimenté par le correspondant du quotidien mais comme le précise Olivier Bertrand¹, rédacteur de LibéLyon : « s’il n’y avait pas le journal papier pour me payer, ce site n’existerait pas. » L’audience et le succès sont réels explique Ludovic Blecher¹, rédacteur en chef de libération.fr : « À Orléans, quand on a voulu fermer le site, il y a eu une manifestation. »


La Dépêche du Midi lance en 2009 le site MaDepeche.com. « Le site est financé par la publicité, comme ladepeche.fr » assure Philippe Rioux, son modérateur. Le site est animé par deux journalistes et repose en grande partie sur le travail d’alerte des lecteurs. Des lecteurs qui sont aussi des contributeurs puisque la rédaction de la Dépêche lance régulièrement des appels à témoignages. Dans le cas d’une information signalée par un internaute, la rédaction envoie un journaliste pour vérifier l’information et étayer le billet. Reconnaissance ultime de la contribution du lecteur, son nom apparaît dans l’édition papier lorsque son information est reprise. Pour le moment le site de la rédaction et le site participatif sont séparés mais il est question qu’ils fusionnent.

Reste une multitude de blogs partout en France, de l’échelle d’un département comme 93-Infos.fr, d'un arrondissement comme DixHuitInfo.com à Paris dans le XVIIIème, à celle d’une ville pour Greblog.net. Ces sites indépendants peinent à trouver un modèle économique viable, car si l’espace n’est pas limité sur internet, c’est la production de l’information locale qui coûte cher.

¹ Déclarations au Monde.

Sur le même sujet :
Les agités de l'hyperlocal par Cécile Dehesdin.
L'information hyperlocale est-elle viable ? par Marc Mentré, sur owni.
Les enjeux du journalisme hyperlocal sur internet par Arthur Bayon, sur journalismes.info.

Partager cette page