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Les étudiants en journalisme face à Twitter

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Pour les journalistes omniprésents sur le Net, être sur Twitter, c'est avoir tout compris. « Étudiants, soyez sur Twitter.» Mais leur a-t-on demandé ce qu'ils en pensaient ? Comment et pourquoi s'emparent-ils du réseau ? Un questionnaire leur a été envoyé. 164 étudiants des 13 écoles reconnues par la profession ont répondu. Sans concession.
 

illus-twitter

 

"Quand je me penche sur une candidature de journaliste, je googlise le nom de la personne, je regarde si elle possède un compte Twitter et si elle l'alimente. Dans ce cas, ça joue en sa faveur, évidemment." Le réseau de microblogging est capital pour Éric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr, et présent aux Assises Internationales du journalisme de Strasbourg, le 16 novembre 2010. À la tribune, sur sa gauche, Vincent Glad de slate.fr abonde : "Quand on se présente devant un rédacteur en chef avec 4000 followers, c'est quand même mieux". Sur sa droite, Xavier Ternisien, du Monde, iPhone en main, est en train de tweeter. Les étudiants en jounalisme présents dans la salle ne peuvent que constater l'ampleur qu'a pris Twitter. Le vocabulaire du journaliste change. Il est question de personnal branding, de community managers, de followers et tout cela doit sonner comme une évidence pour quiconque aspire à ce noble métier. Ni une, ni deux, il faut tweeter, et de la qualité. Les futurs diplômés semblent prévenus.

"On trouve beaucoup de bruit sur Twitter" remarque une étudiante de l'IJBA, en rappelant le thème des Assises 2010, "Du bruit ou de l'info ?", "95% de conneries" dit-on souvent. Ne trouve-t-on pas pourtant une majorité de journalistes sur Twitter ? David Abiker d'Europe 1, Pierre Haski de Rue89 ou Gilles Klein, blogueur sur lemonde.fr sont des références qui reviennent souvent dans la bouche des étudiants adeptes du réseau. Il côtoient des blogueurs très célèbres, non journalistes, comme Maître Eolas ou Florence Desruol. Il est pourtant parfois difficile de déterminer qui est vraiment journaliste sur Twitter. D'autant que ces derniers peinent à se définir eux-mêmes. Or, certains signes ne trompent pas : lors les Assises de Srasbourg, le hashtag #assisesJ trustait le classement des trending topics, comprenez des sujets populaires. Un élément qui tend à prouver que les journalistes sont légion sur ce réseau. Quid des bons tweets alors ?

Twitter, le tout à l'égo* ?

"Les 3/4 des informations publiées par des journalistes sur Twitter ne sont pas intéressantes", relève un étudiant de l'EDJ Sciences Po. L'un de ses camarades de promo d'enchérir :"Twitter est une fausse agora dans laquelle les journalistes s'amusent à s'exciter les uns les autres, et bien souvent à ne discuter que de sujets qui ne les intéressent qu'eux-mêmes." Ces positions sont partagées par d'autres étudiants critiques. A l'EJT par exemple, l'un d'eux dénonce la façon de "stariser certaines personnes du milieu qui acquièrent une communauté de fans et qui sont félicités pour les articles qu'ils publient". Pour un autre étudiant, à l'IJBA, Twitter est "par et pour les journalistes", "un peu geeks", précise-t-il. Son collègue du CFJ n'hésite pas à parler d'"auto-enfermement des journalistes, soit une façon de plus de rester entre soi". "Communauté en dehors des réalités", retrouve-t-on encore du côté de l'EJT, "microcosme avant tout réservé aux journalistes et aux communicants" pour cet étudiante du CELSA, ou "twitto-centrisme des web-journalistes", selon un autre étudiant de l'EDJ Sciences Po.

Les commentaires acerbes fusent contre la fameuse "corporation des journalistes", qui a manifestement trouvé en Twitter l'outil de réseau dont elle rêvait. À l'EJCM, un utilisateur du réseau qualifie tout cela de "cour de récréation". Et tout cela pour quoi ? À l'EJCM toujours : "Twitter est une mode qui ne fait que sortir deux ou trois journaleux". Tous ne suivent pas le mouvement. "Je n'ai pas l'impression de manquer quelque chose en n'étant pas présente sur Twitter", confie une étudiante de l'EJDG. Et d'ajouter que "ce sont les journalistes qui ont fait de ce réseau un outil primordial". Pour un confrère de l'ESJ Lille : "Twitter reste un outil parmi d'autres." Constat amer également au CUEJ où on s'interroge sur l'utilité du réseau pour aider à trouver un emploi à la sortie. Le but commun, finalement, de tous ces étudiants...

Sur les 164 réponses obtenues par le questionnaire, 49 y ont laissé une remarque. 31 sont plutôt négatives, dont 21 par des étudiants qui tweetent. Et la plupart font plus de 140 caractères. Attention, ces mini pamphlets ne concernent pas tous les étudiants en journalisme inscrits sur Twitter. Ils permettent simplement de mesurer le scepticisme des futurs journalistes à l'égard de cette plate-forme, autrement que par leur nombre de followers

Sur le même sujet :

Journaliste à Slate, Twitter ne l'intéresse simplement pas (*)
Étude sur Twitter à l'ESJ sur le blog d'Erwann Gaucher
Sélection de débats par les étudiants de l'EJDG
Annuaire français de quelques journalistes présents sur Twitter
Dossier complet sur Twitter dans le numéro précédent de La Fabrique de l'Info 



Infographie sur les pratiques des étudiants en journalisme sur Twitter 

infographie

Questionnaire envoyé par e-mail aux étudiants des 13 écoles de journalisme reconnues par la profession. 12 écoles ont répondu, pour un total de 164 étudiants : 8 à l'EJCM, 15 à l'EJT, 44 à l'IJBA, 11 à l'EJDG, 1 à l'IUT de Tours, 13 auCUEJ, 23 à l'EDJ Sciences Po, 9 à l'IFP, 9 au CFJ, 0 à l'IPJ, 11 auCELSA, 2 à l'IUT de Lannion et 20 à l'ESJ Lille.



Que tweetent les étudiants en ce moment ?


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