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Ces féminins qui ne parlent pas de mode

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 Nous sommes en 90 après Vogue. Toute la presse féminine est envahie par le dernier it-bag et l'ultime potin sur le couple Brangelina... Toute? Non! Car une poignée de publications résiste encore et toujours à l'envahisseur! Pendant que Sensuelle décomplexe la sexualité de ses lectrices, Causette met leurs neurones en action et Les Poupées en Pantalon réveillent leurs fois de féministes. Zoom sur trois féminins d'un genre nouveau.

Sensuelle : le magazine sexo

Le concept du magazine Sensuelle , c'est un peu « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander ». Il suffit de jeter un coup d'oeil au sommaire  du dernier numéro pour vite comprendre de quoi il retourne : entre les articles sur la sexualité (« Le plaisir au bout des doigts », « 30 ans et toujours vierge », « Le sexe anal en questions ») et les conseils sur la vie de couple ( « Couple à temps partiel, amour à durée... indéterminée? ») , même les rubriques « classiques » des féminins (astrologie, shopping, jeux) ont droit à un traitement plus... voluptueux.

« Le projet est né lors d'une conversation avec d'autres personnes de ma formation, le CFPJ (ndlr : le centre de formation et de perfectionnement des journalistes), explique Mélanie Courtois, fondatrice et rédactrice en chef de Sensuelle. Nous nous sommes dit qu'il n'existait pas de magazine porno pour les femmes. Mais les filles présentes, moi y compris, avons rétorqué que le porno, ça ne nous intéressait pas forcément mais qu'en effet, on n'avait pas grand chose sur le sexe. » L'idée fait son petit chemin dans la tête de Mélanie Courtois : « Je trouvais que les articles sexo des magazines féminins étaient en général plein d'idées reçues, de recettes toutes faites... J'ai repensé à ça, je me suis dit que lorsqu'on avait des questions, il n'était pas facile d'avoir les réponses. On n'a pas toujours un gynéco sous la main, Internet est bourré de fausses informations, et on n'a pas forcément envie de demander aux copines. Bref, il fallait vraiment faire un magazine sur le sujet. » Mélanie Courtois met toute son énergie et ses deniers dans son projet. Elle y croit et elle a raison : au printemps 2008, le numéro un de Sensuelle est tiré à 50 000 exemplaires. Presque trois ans après, ce chiffre a doublé : désormais, 100 000 exemplaires de Sensuelle débarquent tous les deux mois dans les kiosques à journaux.

Causette : le féminin intello

Au printemps 2009, un OVNI apparaît au rayon presse féminine. Son nom ? Causette . Son crédo ? « Plus féminine du cerveau que du capiton.» Sa principale particularité ? Aucune publicité ne vient réveiller la consommatrice qui sommeille en chaque lectrice. Pour une publication d'une centaine de pages environ, la performance relève presque de l'exploit. Et puis Causette, c'est aussi et surtout un ton sarcastique. Ce n'est pas un hasard : son créateur, Grégory Lassus-Debat, est un ancien pigiste pour Charlie-Hebdo.

Julie, 24 ans, est étudiante en droit. Elle est une lectrice régulière de Causette depuis un an environ : « J'apprécie qu'il y ait des reportages longs et pas des fiches-cuisines. Ça élève quand même le débat! Les rubriques Actu sont en général peu poussés dans les autres magazines. Je ne les dénigre pas, car je lis aussi d'autres féminins, mais quand j'ai lu Causette la première fois, je me suis rendu compte qu'avant ça n'existait pas. »

Les titres des rubriques sont déjà évocateurs : Corps et âmes, Mon homme perd ses nerfs, La cabine d'effeuillage, Causette se prend la tête et le quasi-cultissime On nous prend pour des quiches! Et le contenu marque encore plus la rupture avec les féminins habituels.

Au sommaire du dernier numéro : un photo-reportage chez les mormons polygames, une réflexion sur la pudeur, et une enquête sur les conflits sociaux en Chine. C'est sûr, ça change des habituels Comment perdre trois kilos avant l'été.

Et pour arriver à survivre sans pub, Causette fait appel à la générosité de son lectorat, via la Société des Copines de Causette  qui permet aux lectrices de « soutenir financièrement l'indépendance [du magazine] et de participer à sa promotion ». Mais surtout, le magazine jouit d'une belle côte de popularité, si bien que le tirage a doublé entre le numéro 9 (20 000 exemplaires) et le numéro 10 (40 000 exemplaires). Un bouche-à-oreille plus qu'efficace donc, qui a permis à Causette d'être qualifié de « symbole de la renaissance du féminisme français » par le très sérieux Times .

Les Poupées en Pantalon : le féminin militant


Bon, soyons clairs tout de suite : avec un tirage à 2000 exemplaires, le magazine Les Poupées en Pantalon  est clairement l'outsider de cette sélection de féminins différents. Mais l'objet mérite qu'on s'y attarde dans la mesure où premièrement les magazines clairement féministes sont plutôt rares, et deuxièmement, la rédaction des Poupées n'est pas composée de professionnelles du journalisme, mais de onze étudiantes strasbourgeoises et féministes militantes. « L'idée du magazine est né, comme notre association, en mai 2009, explique Marie, une des Poupées. Le premier numéro est sorti en octobre 2009, le deuxième en avril 2010 et le troisième en décembre 2010. Le choix de la ligne éditoriale s'est fait dès la première réunion. Nous voulions faire de notre magazine un objet de lutte qui soit aussi ludique, dans une perspective de féminisme radical. » Dans la charte d'écriture disponible sur leur blog , les Poupées ne laissent pas de place au doute concernant la ligne éditoriale : « Tous les articles publiés dans le magazine doivent être ouvertement féministes. » Les contributions extérieures sont les bienvenues, puisque toutes les rédactrices sont bénévoles. « Nous nous étions retrouvées autour de ce projet de proposer un objet qui se veut en opposition à la presse féminine traditionnelle. C'est cette opposition qui a constitué la base de notre rencontre et de la création du magazine » reprend Marie.

Mais avec 2000 exemplaires, difficile d'inonder les marchands de journaux de France et de Navarre : « N'ayant pas de distributeur, la vente et la distribution du magazine est l'un de nos soucis. » déplore Marie. Pour l'instant, les Poupées en Pantalon sont exclusivement disponibles sur Strasbourg, Paris, et par Internet (points de vente )

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