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Dossier : Les Etats généraux de la presse

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Dossier : Les Etats généraux de la presse
Des États généraux pas si .net
Les pôles de débats et de propositions aux Etats généraux
Interview de Pierre Haski
Toutes les pages
Les Etats généraux de la presse écrite se sont ouverts le 2 octobre, à l'initiative de Nicolas Sarkozy. Ils sont censés traiter de toutes les questions concernant la crise de la presse écrite. Mais l'intiative ne fait pas l'unanimité.

Des États généraux pas si .net


Les États généraux de la presse écrite ont été lancés le 2 octobre par Nicolas Sarkozy. Ils sont censés répondre à la crise que traverse la presse. Ils ont lieu à Paris jusqu'au mois de décembre. La séance du 30 octobre concernait les rapports entre la presse et Internet.

Dans la salle
« Nous ne sommes pas une société secrète ». Bruno Patino, directeur de France culture et président du pôle Presse et Internet des États généraux de la presse écrite, vient d'ouvrir la séance du 30 octobre. Une petite salle en sous-sol, café, croissants, et pour seule décoration, la photo officielle du président Sarkozy. A l'ordre du jour : Le choc d'Internet. La plupart des trente intervenants sont des patrons de presse ou des publicitaires. Parmi eux, deux journalistes.

Dehors
« Dans ces États généraux, il n'y a que la noblesse. On a oublié le Tiers-État ». Marc Mentré n'est pas présent aux États généraux. Il est membre du collectif « ça presse », créé il y a deux ans par une dizaine de journalistes et rejoint ensuite par le forum des sociétés de journalistes, le SNJ, des associations de journalistes, et depuis peu, des sociétés de lecteurs. Tous rameutés par la question des États généraux de la presse écrite. « L'idée est de faire bouger les États généraux tels qu'ils sont actuellement, que ça ne reste pas dans un cercle restreint. Mais on doit d'abord se mettre d'accord sur des points essentiels, pour pouvoir faire une communication grand public. »
Sa sentence est de mieux en mieux partagée. Notamment par Mediapart. Ce site d'information avait été convié aux États généraux de la presse écrite, dans le pôle Presse et Internet. Avant de s'y rendre, il avait émis de larges réserves sur la façon dont étaient organisés ces États généraux. Réserves diffusées et accessibles à tous sur le site, dans une lettre ouverte aux États généraux datée du 13 octobre et signée Edwy Plenel.

Qui reprenait la même idée. « Sous couvert de république, la procédure est monarchique. C’est le président de la République qui, seul, décide, choisit, arbitre. Ainsi le pouvoir exécutif, en son expression à la fois la plus symbolique et la plus sommaire, s’arroge sans partage le droit de décider ce qui sera bon pour ceux qui, dans ce pays, font profession d’informer. » Le jeudi 23 octobre, à reculons, Mediapart est allé aux États généraux. Mais avec des revendications. Que « la présidence de la République confie à la commission des affaires culturelles et sociales de l'Assemblée nationale (...) le soin de poursuivre l'organisation des « états généraux de la presse ». (...) [que] chacune des quatre commissions assure (...) une représentation équitable des trois acteurs suivants : les sociétés de journalistes ; les associations, sociétés ou collectifs de lecteurs ; les blogueurs (...) [que] l'intégralité des débats en commission soit publique ». N'ayant pas été entendus, ils sont partis. Au bout de 17 minutes.

Dans la salle
Les heureux élus débattent tranquillement. Le power point du professeur François Mariet sert de socle à la discussion. Un mot familier est sur toute les lèvres : Google. « Sur Google, je ne trouve que ce que je cherche. » Cet outil est plus qu'un moteur de recherche, il a modifié notre façon d'écrire. Il faut des titres « googlisables », « Google friendly », qui apparaissent dans les cinq premiers liens suite à une recherche dans la petite barre blanche. Il faut donc écrire différemment sur le web. Oui, mais comment ? « Quand on fabrique des journalistes, est-ce important de les initier à ça ? » Jean-François Téaldi, porte-parole SNJ-CGT à France 3, vient de soulever le problème de la formation des journalistes. Avec une question aux conséquences tentaculaires : forme-t-on des journalistes spécialisés dans un média, ou des journalistes multisupport, qui sauraient tout faire ? « On voit se développer des cursus qui prétendent former des journalistes à l'écrit, au multimédia, au photo-journalisme... ça me semble irréaliste sans une formation de base de qualité. » Les quatre étudiants en journalisme présents, issus de l'école de sciences-po Paris et de l'institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine, ne sont pas sollicités.
Une voix relativiste s'élève : celle de Pierre Jeantet, président du directoire du groupe Sud-Ouest. « C'est pas nouveau que quelqu'un doive écrire différemment d'un support à un autre. » Et puis c'est pas nouveau non plus que des nouveaux médias menacent la presse écrite : la télé et la radio en leur temps nous ont fait peur. Mais c'est la première fois que les marques de la presse écrite basculent vers un nouveau média. Ce qui frappe Mathieu Cosson, des Échos. « Les gens vont vers ce qu'ils connaissent sur Internet : Le Monde, Le Figaro... Il y a une forme de proximité particulière entre la presse écrite et Internet. Internet, c'est de l'écriture. C'est pas si différent que ça. »

Dehors
« Ce qui me gêne, confie Marc Mentré, c'est que ce soit les États généraux de la presse ECRITE seulement. Internet, ça concerne aussi la radio et la télé. CNN.com c'est un truc énorme ! En France, Europe 1 a repris l'ancien directeur du Figaro pour rebooster son site. En ne s'intéressant qu'à la presse écrite, la réflexion est biaisée. » Comme si on voulait imposer la vision selon laquelle seule la presse écrite est en danger. « On » ?

Dans la salle
18 heures, clôture des débats. Pour plus d'information, lire le rapport de Nicolas Princen, envoyé par l'Élysée. Après tout, c'est de là que sont nés ces États généraux.

En savoir plus sur internet :

Les états généraux de la presse écrite
congrès de la presse, qui se tiendra du 19 au 21 novembre, à Lyon

Le blog des étudiants de sciences-po journalisme
Le blog du collectif « ça presse »

Des articles sur les états généraux de la presse écrite
Sur Acrimed
Sur Rue89
Sur Mediapart
Sur le site du SNJ


Les pôles de débats et de propositions aux Etats génraux

Au 32, rue de Babylone, à Paris, réunion du pôle « presse et Internet » des états généraux de la presse écrite. Une trentaine de membres, triés sur le volet.

1. Quel avenir pour les métiers du journalisme ?
Présidé par M. Bruno Frappat, il doit aborder notamment les thèmes suivants : Rôle et avenir de l’écrit - Formation – Responsabilité, droits et devoirs des rédactions – Déontologie – Statut des journalistes – Rémunération et droits d’auteur


2. Imprimer, transporter, distribuer, financer : comment régénérer le processus industriel de la presse écrite ?
Présidé par M. Arnaud de Puyfontaine, ses principaux thèmes de travail sont : Imprimeries – Messageries de presse - Réseaux de distribution - Postage – Portage – Financement – Tendances et réglementation du marché publicitaire – Rentabilité


3. Le choc d’Internet : quels modèles pour la presse écrite ?
Présidé par M. Bruno Patino, il aborde les principales questions suivantes : Evolution des usages, des offres et des métiers – Avenir du papier – Culture de la gratuité, des blogs, de l’interactivité – Mutation de la publicité – Complémentarité des supports – Internet et aides à la presse


4. Presse et société : comment répondre aux attentes des lecteurs et des citoyens ?
Présidé par M. François Dufour, il travaille essentiellement sur : Baisse du lectorat – Attente des publics – Lecture par les jeunes – Pluralisme et diversité – Emergence et développement de groupes de presse français, en France et à l’international.

La coordination des États généraux et la synthèse des travaux sont assurées par Bernard Spitz et le cabinet du Président de la République, en lien avec le ministère de la culture et la direction du développement des médias, investie du secrétariat des Etats généraux.
Un premier bilan des travaux aura lieu début décembre.
Secrétariat des Etats généraux :
Direction du développement des médias
69, rue de Varenne
75007 Paris
Tél: 01 42 75 56 92


Pierre Haski jette l'ancre sur la Toile


Pierre Haski, président du directoire de Rue89Entretien avec Pierre Haski, président du directoire de Rue89, rencontré après la séance du 30 octobre des États généraux de la presse écrite. L'objet de sa participation : défendre sa paroisse, « sans illusions » comme il le rappelle dans son édito du 2 octobre. Pour faire en sorte que les « sites d'information indépendants soit traités de manière équitable par rapport aux médias traditionnels également présents sur le web ». Rue89 est un exemple de pure player : un site d'information qui n'existe que sur Internet, sans déclinaison papier.

La fabrique de l'info. Comment fonctionne votre site ?

Pierre Haski. Sur le plan social, les sites pure players traitent paradoxalement mieux leurs journalistes que certains sites de médias traditionnels. Convention collective, CDI et carte de presse profitent à tous nos journalistes.
Le parcours de la copie est sécurisé, similaire à celui de la presse écrite. Sur 15 journalistes, 3 sont webmasters. Ce sont eux les puissances validantes.

Vous avez le temps de relire tous les articles ?
Qui a décrété qu'Internet c'était le règne du vite-fait ? On a un journaliste d'investigation comme pour une rédaction normale. S'il revient au bout d'une semaine et qu'il n'a rien trouvé, il n'est pas viré. Nos journalistes sortent d'une école ou ont eu une expérience professionnelle avant. On a une structure de formation permanente interne : tout le monde est censé pouvoir tout faire. Internet peut être un lieu d'excellence journalistique. Malheureusement, les sites non adossés aux médias existants sont pénalisés.

Les quatre fondateurs venaient de Libération. Est-ce que ça a joué ?
Libé a toujours cette image d'innovateur dans la presse. Alors oui, on a fait un peu de captation d'héritage. Premier groupe constitué de journalistes qui ont basculé sur le net de manière cohérente, on a bénéficié d'une image pro, l'image de ce que Libé a eu de meilleur. C'était pas une initiative de zozos parisiens, mais un mouvement de fond.
Lancer un pure player, c'est plus facile que relever Le Figaro ou réformer le groupe Lagardère... On a la liberté absolue d'être sur une page blanche. On a un million de lecteurs aujourd'hui. Et bien sûr, on a été obligé d'inventer un modèle économique.

Lequel ?
On a choisi d'être en accès libre, gratuit. On voulait être un média généraliste, toucher le plus grand nombre. Or, l'acte d'achat n'est pas la pratique de la jeune génération. On ne voulait pas être un site de quadragénaires intelligents et fortunés. Et puis, les modes de lecture sont différents de ceux du papier. Les gens achètent UN journal toute leur vie, personne ne fréquente qu'un seul site. Réclamer l'exclusivité par le paiement, c'est contraire à la culture du web, c'est une hérésie.
En étant gratuit, on n'a pas eu à dépenser un centime en promotion. On a acquis notre notoriété de manière virale : on envoie des liens à ses copains. La part de lecteurs qui arrivent par Google sur Rue89 est deux fois inférieure à celle des sites d'information normaux. Avec le mur de l'argent, on n'aurait pas pu créer un tel réseau.

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Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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