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Applications iPad : quand Apple se met au tri sélectif

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Apple sait ce qu'il veut. La marque est très regardante sur les diffusions de ces différents produits (Mac, iPhones, iPads,etc.). Graphiquement et sur le fond, les publications doivent suivre le cahier des charges au risque de disparaître. Entre standing et censure, la frontière est mince chez Apple.


L'iPad dicte sa loi.

 

La rentrée 2011 verra l'arrivée de The Daily, un journal uniquement sur iPad et spécialement créé pour ce support. Rupert Murdoch, magnat international des médias, a un fois de plus su dénicher un bon filon, en voyant dans le petit dernier d'Apple au aubaine. Et Murdoch n'est pas le seul ; d'autres grands noms des médias ont misé sur ce créneau. Par exemple, Adobe lance un logiciel InDesign spécifiquement pensé pour la création de publications sur iPad (voir la vidéo).

 

Les tablettes numériques ou tactiles, telles que l'iPad ou le Kindle d'Amazon ont un temps été vues comme le salut de la presse papier. Censées faciliter l'accès à l'information et attirer de nouveaux publics, on perçoit aujourd'hui qu'elles peuvent jouer un rôle de filtre et être un frein pour la presse quant aux nouvelles contraintes d'édition qu'elles posent. Les journaux doivent adapter leur forme, et par conséquent leur contenu à ce nouveau média. Les tablettes numériques ont un mode lecture, plus dynamique et interactif, qui leur est propre. Le temps de lecture moyen de 3 minutes d’une page sur un site Internet est multiplié par dix sur une tablette tactile, soit 30 minutes. La lecture est plus longue parce qu’elle est plus agréable notamment grâce à son ergonomie et la qualité de son écran sans rétroéclairage, qui fatigue rapidement les yeux.

 

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La loi du web

 

Le numérique est exigeant. Il ne laisse pas de place à l'erreur. Il faut à tout prix accrocher le lecteur, moins patient et concentré qu'à l'égard des journaux papier, pour lui donner envie de lire la suite. Les formats sont plus courts et le contenu riche de métadonnées, liens hypertextes et d'éléments multimédias (photos agrandies, images à 360°, fenêtres pop-up, vidéos, etc.).

 

Si certains ont su s'adapter à ce nouveau format et en tirer profit, d'autres, trop timorés ont loupé le coche. Le passage d'une édition fixe à une édition tactile nécessite de penser une mise en page dans un espace plus souple, différent et multimédia. Ce à côté de quoi sont passés certains médias.

 

L'application iPad du journal Le Monde n'est qu'une version au format pdf de l'édition papier. Le journal n'a pas exploité la possible valeur ajoutée qu'offre ce format, en y insérant par exemple des portfolios ou des brèves, tel que cela est le cas sur son site Internet.

 

"Il y a encore une sorte d’arrogance et de cécité qui fait que l’écriture noble est l’écriture papier. Alors que l’écriture multimédia est une écriture enrichie, parce que vous pouvez documenter un article, le référencer, mettre des liens hypertexte, renvoyer à des rapports contradictoire sur le sujet, etc. L’outil est formidable. L’iPad est un support parmi d’autres mais qui permet d’utiliser toute cette technologie", assure Laurent Maudit, co-fondateur du site Médiapart, dont l’application iPad sort mi-décembre 2010. "Sur l’application du site, il y a aura les grandes enquêtes de Médiapart avec du son, de la vidéo… tous les usages multimédia que l’iPad autorise. Il n’y a pas de recette miracle, l’iPad ne marche que s’il y a un journalisme de valeur ajoutée", affirme t-il. Médiapart a un temps mis l'accent sur la main-mise d'Apple et ses méthodes anticoncurrentielles.

 

A l’inverse, l’application du journal Les Echos, retravaillée et enrichie spécialement pour la tablette tactile, semble être une réussite.

 

appstore   L'application  Les Echos est souvent citée en exemple.

 

Les jeunes journalistes de France 24, Zoé Lamazou et Sarah Leduc, l'ont elles aussi bien compris. Elles sont pionnières dans la réalisation d'un webdocumentaire 100% conçu pour iPad. Leur reportage "Congo : la paix violée", témoigne du quotidien des femmes, avocates comme victimes, qui luttent contre le viol en République Démocratique du Congo, à travers quarante pages interactives de textes et de photographies. "Le style est épuré et ergonomique. C'est plus un magazine interactif qu'un réel webdocumentaire. Il s'agit de tourner les pages, et le récit est assez linéaire avec des galeries de photos et parfois une icône qui amène à un son ou une vidéo", explique Zoé Lamazou dans une interview accordée à des étudiants du CFPJ. Coût total de ce petit bijou pour iPad : deux mois de travail et un budget de 50 000 euros (le reportage est téléchargeable gratuitement sur France24.com).

 

Un monopole inquiétant

 

L'iPad, à lui seul, représente 95% du marché des la tablette numérique. Il s’est vendu à sept millions d’exemplaires dans le monde au cours de l’année 2010 dont 400 000 en France. Pour le moment, il règne en maître face à la dizaine de modèles concurrents.

 

Tout comme l'iPhone, la tablette fonctionne par le biais d'applications, payantes pour la plupart, donnant accès à des services ou des publications. Dans le cas de l'iPad, la commercialisation de ces applications se fait nécessairement par l'App Store, la plate-forme en ligne des services d'Apple.

 

Le "hic" dans ce nirvana de technologie, c’est que certaines publications ont d'ores et déjà été victimes de la gestion arbitraire du "stock" de l'App store. Des périodiques tels que le magazine culturel anglais Dazed and Confused, ou les allemands Stern et Bild ont vu leurs applications être retirées de l'App store car leurs versions numériques affichaient une photo de femme nue en page centrale du journal, exactement comme dans leur version papier. Le billet d'entrée de l'App store est donc attribué en fonction de critères "moraux" établis par la charte d'Apple et par son bon vouloir. Certes, cela ne touche jusqu’ici que des pin-ups en tenue d'Eve, chose dont on pourrait se réjouir, mais la boîte de Pandore est ouverte.

 

 

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A la suite de la diffusion de ce clip qui ne met pas l'iPad en valeur sur les chaînes de télévisions américaines. Apple a menacé Newsday de supprimer son application de l'App store si la publicité n'était rapidement retirée. Newsday s'est plié à la requête.

 

Apple est même allé plus loin et des caricaturistes américains en ont fait les frais. Mark Fiore est caricaturiste californien reconnu. Il réalise des dessins animés sur la vie politique américains pour les sites Internet des plus grands journaux US, dont le Washington Post. Devant son succès, il décide d’en faire une application iPad. En 2009, il reçoit un courrier d’Apple lui expliquant que son application ne peut être commercialisée par l’App store car elle « ridiculise des personnalités publiques » et qu’elle ne correspond pas à la charte éthique de la maison, qui refuse tout contenu "obscène, pornographique ou diffamatoire". Apple a toutefois révisé sont jugement après que Mark Fiore a reçu le prix Pulitzer.

 

Mais aux Etats-Unis, des voix se sont élevées face à tant de contrôle. Ainsi, le hacker Jay Freeman est devenu, il y a peu, l’ennemi n°1 du géant technologique de Steve Jobs. Jay Freeman est le créateur de Cydia un programme non officiel en open source pour iPad et iPhone qui concurrence l’App store. Par le biais d’un jailbreak de l’appareil ("craquer" la machine), Cydia donne l’accès à de nombreuses applications qui ne sont pas disponibles chez Apple. Aux Etats-Unis, il est autorisé de déverrouiller son iPad, au nom de la libre concurrence. En France, la question fait toujours débat.

 

Par ailleurs, le maison Apple ne communique que très peu. Nous ne sommes nous-mêmes pas parvenus à entrer en contact avec eux. C'est également ce que constatent les journalistes des Clés de la presse qui ont consacré leur magazine de décembre 2010 à l'iPad (www.lesclesdelapresse.fr).

 

Avec l’iPad, les journaux deviennent donc dépendants d'une plate-forme qui a des critères strictes en matière d'esthétique et de contenu, en plus des critères économiques (Apple impose une grille de tarifs fixe allant généralement de 79 centimes à 1,30€ pour les journaux au numéro, Apple touche une commission de 30%). Soit le journal s'y plie, soit il prend le risque de ne pas être diffusé. Apple a acquis le rôle d'un éditeur. Si on n’ose parler de censure, il s'agit tout de même d'un réel contrôle de ligne éditoriale.

 

Bien que le danger soit largement dénoncé, l'entière gestion de l'édition par les supports technologiques n'est pas de bon augure pour l'avenir de la presse en ligne. Quelles seront les exigences d'Apple demain ?

 

Sur le même sujet :

 

"Le côté obscur d'Apple", Les Inrockuptibles n° 785 du 15 au 21 décembre 2010.

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