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Les correspondants ou la passion de l'hyperlocale

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Les correspondants ou la passion de l'hyperlocale
PQR, correspondants et contestation
Profils d'inclassables
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Les  correspondants écrivent de 20 à 80 % des journaux de PQR.

Personnage emblématique des villages et quartiers, le correspondant local de presse (CLP) écrit chaque jour la plupart des pages des journaux régionaux. Ses papiers côtoient ceux des journalistes professionnels, à qui il est même chargé de donner des informations.

Travailleur indépendant, il manque souvent de reconnaissance et perçoit seulement une rétribution symbolique. Se basant sur cette constatation, une partie d'entre eux ont mené une contestation en 2008, jusqu'alors vaine. Mais ce qui anime vraiment le CLP est une passion sans cesse renouvelée.

 

PQR, correspondants et contestation


Les correspondants de presse (CLP) seraient près de 30 000 en France. Chaque jour, ils contribuent à l'élaboration des pages de la presse quotidienne régionale et vont chercher la sève du terroir pour nourrir les informations. Sans eux, il n'y aurait pas de journal. En mars 2008, les correspondants de la Sarthe ont haussé le ton et créé l'association interdépartementale des correspondants de presse (AICP). Objectif : interpeller sur leurs conditions de travail au travers d'un blog, corres72.hautetfort.com. D'autres correspondants ont suivi le mouvement et ont créé leur propre blog partout en France.

Pour Stéphane Jontil, l'un des administrateur du blog, leurs revendications sont simples : "Le rôle de CLP est devenu pour beaucoup leur activité principale au sein de leur journal et leur principale source de revenus, ce qui est en parfait désaccord avec la loi de 1993 et les textes en vigueur à l'Urssaf qui imposent un caractère accessoire à cette activité. Nous demandons donc que la loi s'applique dès lors que cette activité devient principale pour que le clp devienne alors journaliste sous contrat."

A l'origine de ce mécontentement : la mutualisation des correspondants du Maine Libre et de Ouest France pour la récolte des résultats aux élections. "C'était la période où le Maine Libre venait d'être racheté par Ouest France, explique Catherine Gilot, responsable du secrétariat de rédaction du Maine Libre. Pour faciliter l'annonce des résultats des élections, chaque correspondant donnait les chiffres de sa commune aux deux journaux. Les correspondants ont eu peur qu'on continue à fonctionner comme ça, même après les élections."

Un loisir rémunéré

Leur statut, régi par une loi du 27 janvier 1993, est pourtant clair : "le correspondant local de la presse régionale ou départementale contribue, selon le déroulement de l'actualité, à la collecte de tout information de proximité (...) soumise avant une éventuelle publication à la vérification ou à la mise en forme préalable par un journaliste professionnel. Le correspondant est un travailleur indépendant."

Ils touchent une rémunération plutôt symbolique. Aux Dernières nouvelles d'Alsace, l'article est payé 15 euros, 23 euros le dimanche. La photo vaut 5 euros. En moyenne, un correspondant qui publie tous les jours gagne environ 400 euros par mois. Etre correspondant n'est pas un métier. C'est un loisir rémunéré, une activité annexe.

La motivation n'est pas financière. Elle est ailleurs : amour de l'écriture, du journal, de sa région, socialisation mais aussi nombreuses rencontres.

Place aux abus

Mais dans certains cas, les reportages se multiplient et l'activité de correspondant devient l'occupation principale des CLP. Plusieurs médias ont ainsi été condamnés en justice pour avoir surexploité un correspondant. L'expression "Faux CLP, vrais journalistes" a été inventée pour dénoncer l'ambiguïté de la situation. Pour David Lemaitre, l'un des créateur du blog corres72, 20% des correspondants seraient des journalistes cachés. Selon Stéphane Jontil, "déclarés correspondants, ils travaillent au sein des rédactions sous les ordres et directives de leur chefs ce qui est en inadéquation avec la définition même de CLP et les place dans des situations financières critiques et en défaut vis à vis de la loi."

L'AICP a participé aux Etats généraux de la presse en 2008, une première. Devant la commission chargée de travailler sur l'avenir de la presse, dirigée par Bruno Frappat, l'association a exposé ses doléances dont voici les conclusions : "Nous demandons un statut qui nous assure cette reconnaissance, une rémunération décente et qui nous donne des garanties vis-à-vis des remerciements (puisque nous ne pouvons parler de licenciement). Il importe d'examiner les problèmes cruciaux que sont le régime de sécurité sociale particulièrement défavorable. Le problème de la formation et de la « carrière » du CLP sont aussi essentiels."

Gérard Lignac, PDG du groupe EBRA (L'Est Républicain, DNA, Progrès,...) avait alors reconnu qu'il y avait « des abus » dans l'emploi des CLP. Des abus portés par l'ambiguïté du statut. Mais les problèmes soulevés en 2008 semblent, pour le moment, insolubles et les blogs de revendications s'essoufflent. « De toute façon, c'est simple : les correspondants qui ne sont pas contents arrêtent cette activité » ironise Sylvaine Dubost, correspondante pour Sud Ouest.


Profils d'inclassables

Ils traquent l'info, assistent à toutes les réunions de leur village, aux repas d'associations et autres kermesses, pour nourrir le journal du coin. Dimanche, jours fériés, en soirée. Chaque jour, ils rédigent une grande partie des pages de la presse quotidienne régionale. En zone très rurale, ils écrivent parfois entièrement le journal. En ville, leurs articles peuvent représenter 20% des pages quotidiennes. Ils sont plus de 2500 à Ouest France –pour environ 500 journalistes-, 1100 à Sud Ouest –pour 200 journalistes-, 150 au Maine Libre –pour 51 journalistes-, 1000 aux Dernières nouvelles d'Alsace –pour 190 journalistes-. Leurs profils, leurs motivations sont aussi variés qu'ils sont nombreux. Dominique Duwig, directeur de la rédaction de Strasbourg des DNA, avoue "que dans notre journal, on préfère des correspondants qu'on fidélise, pas des étudiants qui restent un à deux ans. Les trentenaires sont idéals, ils sont jeunes d'esprit et ont des attaches". Pour Eric Bullet de Ouest France, "on ne recherche pas de profil particulier. Ca n'a pas de sens de dire on veut que des femmes au foyer, ou que des jeunes. Tout dépend de la qualité du correspondant." A Ouest France, 33% des correspondants ont une autre activité salariée, 9% sont étudiants, 27 % retraités ».

Volonté de rester actif, amour du journal, envie de parler de sa région, de recréer du lien social, de se sentir valorisé, passion pour l'écriture, rêve de journalisme, la liste des motivations est longue. Portraits de trois correspondants, ou anciens correspondants de Sud Ouest.

Sylvaine Dubost, agent de maîtrise du bâtiment

Sylvaine Dubost est devenue correspondante par hasard, en 1995, quand elle avait environ 40 ans. "Mon père a été contacté pour être le correspondant de Lesparre. Il m'a dit que c'était pour moi. J'ai sauté sur l'occasion et je me suis prise au jeu." Elle a arrêté pendant 4 ans, mais a repris "parce que ça lui manquait trop. C'est une vraie passion".

Etre correspondant, "c'est une leçon d'éducation civique quotidienne, on touche toutes les arcanes politiques, administratives, ..."

Elle ne voit pas de négatif dans ce loisir. "De toute façon, si on trouve trop de choses négatives, on ne le fait plus." L'argent, ce n'est pas ce qui la motive. Elle consacre 1 heure à 1h30 par jour à cette activité, "pour assouvir ma curiosité".

Pour vivre, elle a un emploi d'agent en maîtrise du bâtiment. Elle vient également d'écrire un livre intitulé "Lesparre-Médoc à travers le Xxe siècle", des chroniques sur cette ville pour laquelle elle écrit depuis maintenant 15 ans. "Depuis toujours, j'ai le goût de l'écriture. Mais je n'ai pas d'imagination."

Au delà d'un métier, la correspondance est une passion. Ce soir-là, elle va affronter le froid pour aller à une réunion. "C'est un vrai plaisir. Un plaisir égoïste peut-être, qui peut se faire au détriment de la vie de famille ou autre. Mais pour moi, c'est du bonheur."

Pierre Vallade, ancien attaché de presse à la retraite

A 71 ans, Pierre Vallade, il est correspondant local de presse pour Sud Ouest depuis 8 ans. Il couvre la zone Carcans, Saint Laurent du Médoc et Brach. Il est devenu correspondant de presse peu après sa retraite, "par amour du journal, du journalisme, de l'écriture. Pour avoir une vie locale intéressante, pour ne pas se désocialiser. Pour rester actif, c'est dans mon tempérament". Il écrit tous les jours pour le journal. "J'y consacre environ 80% de mon temps. Ca me plait vraiment. Je ne fais pas ça pour l'appât du gain."

Chaque samedi, une page de l'édition Médoc est consacrée à des reportages de correspondants. "Je la meuble souvent. J'estime que le correspondant doit aussi faire vivre sa région au travers de reportages. J'écris beaucoup en rapport avec l'histoire. J'ai fait l'histoire des chemins de fer, de la forêt, des minerais de fer dans le Médoc. On devrait aussi faire une série sur l'histoire des communes."

Ayant travaillé dans la communication, il estime ne pas forcément avoir besoin d'une formation en écriture. "Les communicants et les journalistes, on a pas la même vocation, mais on peut tous faire les deux métiers, enfin je crois."

Il déplore le manque de contact entre les journalistes et les correspondants. "Je ne pense pas que ce soit le grand amour entre eux. Certains correspondants n'aiment pas que les journalistes empiètent sur leur territoire, moi je m'en fous. Mon territoire n'est pas une propriété privée. D'un côté il y a les salariés, et de l'autre il y a nous, les bénévoles. Les salariés ne se rendent peut-être pas toujours compte du travail des bénévoles. Après, les relations dépendent aussi des chefs d'agence avec qui on travaille, du caractère des correspondants. Je ne veux pas généraliser."

En un an, il gagne environ 3000 euros. "Bien sûr on est pas bien payés ! Mais je ne le fais pas pour ça. Si je faisais vraiment les comptes, des fois je serais perdant. Quand je fais beaucoup de kilomètres pour un reportage par exemple. Le travail est-il reconnu ? Je ne pense pas. On rend plutôt service."

Il se dit découragé, parfois. "Des fois, je me dis à quoi ça sert ! J'adore la peinture, le sport, je pourrais faire autre chose. Mais l'amour de l'écriture et du journal prend le dessus."

Julien Lestage, ex-moniteur de surf 


Ancien correspondant à Sud ouest, Julien Lestage est maintenant journaliste et chef d'agence à la locale de Lesparre dans le Médoc. Peu après les élections municipales de 2001, il vivait à Lacanau où il était moniteur de surf. Après des tensions entre la municipalité et l'ancien correspondant local, il a entamé sa collaboration avec le journal, sur les conseils d'un ami. Le journalisme l'avait toujours intéressé depuis tout petit. Il est resté correspondant pendant 5 ans, en plus de son activité de moniteur de surf. Au bout de 2 ou 3 ans, il a également remplacé le journaliste titulaire de Lesparre certains week-end. "Ca m'a vraiment formé sur le terrain, ça m'a permis d'avoir un traitement plus global que sur Lacanau." Après 5 ans, il a demandé à Sud ouest d'être intégré à une rédaction, faute de quoi il aurait arrêté. Il a insisté, longtemps. Il a été embauché en CDD puis CDI.

"J'ai peut être eu de la chance, mais j'ai surtout beaucoup travaillé. Je connaissais bien le terrain, j'ai sorti beaucoup d'infos. Ma motivation, c'était que je voulais devenir journaliste. Je ne voulais pas reprendre le chemin de la fac, j'avais plus de 30 ans, je pouvais pas retourner à l'école. J'avais une chance sur mille, je l'ai jouée. A force de taper aux portes et de taper fort, on est écoutés."

Maintenant, il dirige les correspondants du Médoc. "J'ai peut être une approche différente parce que je connais bien leur boulot. Certains ont des raisons politiques, d'autres ne veulent pas rester sans rien faire, d'autres sont juste curieux, aiment écrire. Il faut connaître les motivations de chacun pour travailler convenablement avec eux. Si quelqu'un devient correspondant parce qu'il n'a pas été élu aux municipales, je fais en sorte qu'il ne s'occupe pas de politique par exemple. Avoir été correspondant m'a donné des armes. Je sais ce qu'il faut faire pour qu'une locale soit bien tenue."

Il estime que le but est de faire des correspondants de vrais partenaires qui fonctionnent avec l'édition, et non pas pour défendre leur intérêt personnel. "Il faut créer une dynamique saine et constructive."

Dans l'édition Médoc du week-end, il a mis en place une page de reportages tenue uniquement par les correspondants. "Ca leur permet de s'exprimer sur ce qu'ils aiment. Ils peuvent sortir de leur territoire, ça permet d'éviter les chasse-gardées."

Il regrette que les correspondants ne soient pas formés, alors qu'ils sont les principales personnes à écrire dans le journal. "Ils pourraient par exemple apprendre à lire des budgets de Conseil municipal. Je couvre cinquante communes, je ne peux pas me pencher sur tous les budgets et vérifier tout ce qu'ils écrivent."

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