Bannière
Vous êtes ici : Accueil » Les fournisseurs » Dossier de presse et critique de cinéma, le grand amour?

Dossier de presse et critique de cinéma, le grand amour?

Envoyer Imprimer PDF

Chaque film est accompagné lors de sa sortie dans les salles d'un dossier de presse. Document prêt à publier pour journaliste victime de l'urgence ou source d'information pour journaliste consciencieux?


Monnerais3

Le dossier de presse, document sacro-saint que seuls les journalistes possèdent entre leurs mains? Erreur. N'importe quel cinéphile peut l'obtenir, il suffit de taper dossier de presse plus le nom d'un film dans Google. Deux ou trois clics plus tard, le document apparaît en format PDF. Il n'y a plus qu'à le lire.

Tous les dossiers de presse de film sont conçus sur le même modèle. Une quinzaine de pages qui contiennent synopsis, interview du réalisateur, des comédiens et notes de production. Le tout agrémenté de jolies photographies du tournage et des comédiens. En somme, le dossier de presse ressemble fortement aux bonus de DVD. "Il sert à expliquer aux journalistes la genèse d'un film, d'éclairer la volonté du réalisateur. Il fournit la matière première, l'information de base aux journalistes", indique Emilie Maison, conceptrice entre autres du dossier des Lascars pour le compte de 213 Communication. "Après, on s'adapte selon le film. Pour Arthur et les Minimoys par exemple, on insèrera beaucoup plus de photos. Ou dans le cas d'un dessin animé, on réalisera une interview d'un technicien."

"Nous sommes missionnés par le distributeur du film (l'entreprise qui décide de la programmation d'un film sur le territoire, NDLR)", raconte Emilie Maison. Après réunion et concertation avec "les gens du marketing", l'opération est lancée. Un mois plus tard, en moyenne, le dossier est imprimé. "Nous considérons que l'objectif est atteint une fois que le journaliste l'a entre ses mains. Après, il y en a qui brodent et d'autres qui ne brodent pas." Comprendre, certains journalistes s'en inspirent fortement, d'autres ne les lisent même pas.

C'est le cas de Nicolas Schaller, critique à TéléCinéObs, le supplément du Nouvel Observateur. "Dans le cas des gros films, je ne les lis pas car c'est souvent de l'auto-congratulation, du vent. En plus, même inconsciemment, le dossier de presse peut m'influencer dans la préparation de mes questions. On a des scrupules à poser des questions qui sont déjà posées dans le dossier alors qu'on voulait les poser", affirme l'ancien collaborateur de Première. Finalement, le dossier de presse "me sert essentiellement pour les données techniques, la durée, le nom des comédiens. Sauf lorsqu'il s'agit d'un film roumain, par exemple. Là, il se révèle indispensable pour savoir qui sont ces gens et ce qu'ils ont à dire. Dans le cas d'un premier film aussi, c'est beaucoup plus intéressant".

Tous les journalistes de cinéma n'ont pas la même sagesse que Nicolas Schaller. Ni celle de Gérard Lefort, qui dans sa critique de De vrais mensonges dans Libération, cite ouvertement le dossier de presse du film. Acrimed, sous la plume de Laurent Dauré, a dénoncé, lors de la sortie d'Avatar, le traitement critique uniforme du film dans un article intitulé « Misère de la critique de cinéma : Avatar dans les médias ». L'auteur y recense toutes les affirmations présentes à la fois dans le dossier de presse et dans les articles parus à propos du film de James Cameron.

Force est de constater que les journalistes de cinéma ne recopient pas in-extenso le dossier de presse. Mais parfois les similitudes sont troublantes. Un exemple parmi d'autres. Nicole Clody de La dépêche du Midi réalise une interview de Nicole Garcia, à propos de son dernier film Un balcon sur la mer. Dans l'interview, la réalisatrice affirme « Le film pourrait prendre d'autres racines, mais l'Algérie, j'y suis née et automatiquement cette histoire de quête du souvenir de l'enfance s'est tournée vers ce pays. ». Dans le dossier de presse, il est écrit « Cette histoire aurait pu se passer ailleurs qu’en Algérie. Il se trouve que c’est là où je suis née et c’est peut-être pour ça que j’ai fait le film. ». Même chose à propos de l'acteur principal, Jean Dujardin. Dans l'interview, on peut lire : "Derrière sa fantaisie et sa générosité Jean Dujardin a quelque chose de caché, de sombre , une certaine solitude. Jean est un homme qui sait ce que sont le doute et la mélancolie. Il était l'acteur que je voulais absolument pour le rôle : séduisant , mais avec des zones d'ombres." Dans le dossier de presse, on trouve :  "j’ai senti qu’il y avait en lui des zones d’ombre et une mélancolie qu’il était prêt à offrir à un personnage." Des ressemblances qui tendent à prouver que Nicole Clody s'est inspirée du dossier de presse pour élaborer certaines de ces questions.

Une situation qui a le don d'énerver Oscar Caballero, correspondant Culture et Spectacle pour le compte du journal catalan La Vanguardia : "Il y a des différences d'écriture entre critique et dossier de presse mais pas d'information", assène-t-il. "La plupart des journaux de cinéma sont faits avec ça, les dossiers de presse ou les conférences de presse. Les quatre pages du supplément de Libé sont faites avec le dossier. Ou alors avec des conférences de presse transformées en interviews, ça on en lit toujours dans les journaux." Et de fustiger, les techniques des communicants qui en sont réduits "à nous envoyer les vidéos des conférences de presse auxquelles on n'a pas pu ou voulu assister".

Selon le journaliste espagnol, cette absence de critique trouve son explication dans le fait qu'"en France, la propriété des journaux soit étrange. Télérama n'est qu'un épiphénomène du Monde qui est dirigé par un banquier. Je serais curieux d'ailleurs de lire ce qu'a dit Télérama du documentaire sur Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé (co-propriétaire du Monde et compagnon du couturier, NDLR). Ca pèse forcément sur le journal et sur la critique". Vérification faite, Guillemette Odicino, critique à Télérama, considère dans sa critique que le film "prétend couvrir cette passion (entre les deux hommes) dans son intégralité, sa démesure, et, soyons franc, il n'y parvient pas". Ce n'est donc pas sur ce film-là, que l'on pourra accuser Télérama de connivence et de flagornerie.

De toute façon, pour Oscar Caballero, "la critique de cinéma n'existe plus. Elle n'influence plus les comportements du public". Un constat que partagent en partie les critiques français. Dans un entretien accordé au site Ilétaitunfoislecinéma.fr, Emmanuel Burdeau, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, affirme « Ce qu'on appelle "l'esprit critique" est en crise. Ce n'est pas neuf, et la crise est évidemment beaucoup plus large. ». Comment en sortir alors ? Pour Oscar Caballero, une seule solution : revenir aux fondamentaux du journalisme, "chercher l'information par soi-même, à la source". Aux grands maux, les grands remèdes.

Partager cette page

EN BREF

Prev Next

Un caricaturiste traîné en justice par le président sud-africain

Le président sud-africain, Jacob Zuma, réclame 4 millions de rands (soit près de 450 000 euros) de dommages et intérêts au South Africa’s Sunday Times et un million de rands au dessinateur Jonathan Shapiro. En cause : une caricature publiée dans le journal en septembre 2008. Sur ce dessin, le président est représenté le pantalon au niveau des chevilles et s’apprête à violer une femme symbolisant la justice. Une caricature qui aurait, selon lui, endommagé sa réputation, alors qu’il s’apprêtait à entrer en campagne pour devenir président.

Qui sont les "sans-télés" ?

Dans son dernier livre Pas très cathodique. Enquête au pays des "sans-télé" (Éditions Erès, Sociologie clinique), le sociologue Bertrand Bergier s'est intéressé aux 2% de Français réfractaires au petit écran. De 2006 à 2009, il est parti à la rencontre de 566 de ces familles pas très cathodiques. Etudiants, sexagénaires retraités, ouvriers ou employés, ils ont tous abandonné le téléviseur " par choix " et non par économie. Ils ne sont pas coupés du monde non plus puisqu'ils " investissent beaucoup dans Internet et la presse ", dixit l'auteur.

EcuRed : le monde selon Castro

Elle a près de 20000 articles, elle est élogieuse quand elle parle des dirigeants cubains et très critique quand elle parle des États-Unis, c'est, c'est , c'est... une nouvelle encyclopédie en ligne. Inaugurée très officiellement par le gouvernement cubain mardi 14 décembre, elle a l'ambition de concurrencer Wikipédia pour apporter un regard "décolonisateur" sur le monde et l'histoire. EcuRed, c'est son nom, reprend dans les grandes lignes le design de l'encyclopédie participative pour "créer et diffuser le savoir de tous et pour tous, depuis Cuba et avec le monde". Comme Wikipédia, tout le monde peut contribuer à cette somme de connaissances, mais c'est à la condition de s'être enregistré et pour cela, il faut avoir une adresse mail cubaine... L'étape suivante reste bien sûr que la contribution soit acceptée par un modérateur. Alors que les États-Unis y sont dépeints comme un "empire contemporain" qui a historiquement pris "par la force des territoires et des ressources naturelles d'autres nations", Fidel Castro y est dépeint comme un phare spirituel pour le monde entier : "Il participe désormais au débat d'idée à l'échelle mondiale. Avec son autorité morale, il influence des décisions importantes et stratégiques sur la révolution." Tous ces "articles objectifs" convaincront-ils les internautes ?

RSF récompense le journalisme indépendant

Le prix de la liberté de la presse 2010  a été décerné par Reporters sans Frontières et la Fnac au journaliste iranien Abdolreza Tajik, ainsi qu'à la station de radio somalienne Radio Shabelle. Abdolreza Tajik, membre du Cercle des défenseurs des droits de l’homme, a été responsable des pages politiques dans de nombreux journaux interdits par les autorités iraniennes. Il est aujourd'hui consacré pour la qualité de son travail et son engagement pour la défense de la liberté de la presse en Iran.  Incarcéré pour la troisième fois en juin 2010, il est toujours en prison. Radio Shabelle est la station  privée la plus réputée de Somalie pour son indépendance. Quatre de ses journalistes ont été assassinés en 3 ans, dont son fondateur Mokhtar Mohamed Hirabe.

L'actu médias en quelques clics

Les sources d'information médias sont multiples et nombreuses. Suivre l'évolution de ce petit monde en mutation peut être difficile tant il faut avoir l'oeil partout. Voilà pourquoi La Fabrique a décidé de rassembler en une seule page plus de 50 des principaux sites et blogs d'information traitant de l'actualité des médias et de réflexion sur son avenir. Ce rassemblement est évolutif, la rédaction est à l'écoute de suggestions pour améliorer ce concentré d'informations.

En Hongrie, un projet de loi menace les journalistes et leurs sources

Il n’y a pas que les journalistes français qui rencontrent des problèmes lorsqu’il s’agit de protéger leurs sources. L’ENPA (European Newspaper Publishers Association) a exprimé des craintes, lundi 13 décembre 2010, sur un tout nouveau projet de loi du gouvernement hongrois. Si la loi venait à être votée, la liberté de la presse dans le pays serait grandement limitée puisqu’il deviendrait possible de condamner à de lourdes sanctions les journalistes et les entreprises de presse qui refuseraient de partager l’identité de leurs sources ou qui délivreraient des informations que le gouvernement considèrerait comme peu convenables.

Le "Gotha noir"

A la manière du Who's Who, la bible du contact professionnel listant chaque année les 22 000 personnes contribuant au rayonnement de la France, la communauté noire a lancé son propre catalogue : le "Gotha noir". Il recense 200 femmes et hommes " au parcours exemplaire " et ayant "au moins un parent noir". Ce livre est édité par Club Efficience, un cercle de réflexion oeuvrant pour une meilleure visibilité des Noirs dans la société française.

Le couperet tombe pour Charlie Hebdo

La société éditrice de Charlie Hebdo a été condamnée par le tribunal de grande instance de Paris pour licenciement abusivement envers le caricaturiste Siné. Maurice Sinet  avait été remercié après la publication d'une chronique le 2 juillet 2008 ironisant sur une possible conversion de Jean Sarkozy au judaïsme. Selon Philippe Val, directeur de publication de l'époque, ces propos pouvaient être perçus comme antisémites. Les éditions Rotatives devront verser 40 000 euros de dommages et intérêts à l'intéressé pour préjudices économique et moral, et publier leur condamnation dans l'hebdomadaire.

La fin du règne de Larry King

 Le roi du talk-show made in USA fera sa dernière émission vendredi 17 décembre sur CNN. Après 25 ans de carrière et plus de 50 000 interviews, Larry King et ses célèbres bretelles prennent leurs retraites. King est une véritable icône aux Etats-Unis. De Nixon à Obama, tous les présidents américains se sont succédés sur le fauteuil mythique du show de Larry King, avec des audiences pouvant aller jusqu'à 20 millions de téléspectateurs. La chaîne a réservé à son vétéran un final digne du King Larry.