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Les médias mexicains, entre narcos et politiques

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Index de l'article
Les médias mexicains, entre narcos et politiques
Médias et politique : connivence, servilité et corruption
"Personne ne se bat avec Televisa"
Médias et narcos : Le trafic de l'information
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Entre l'emprise du gouvernement et les menaces des narcotrafiquants, la profession de journaliste est de plus en plus menacée. Cette situation est-elle en train de creuser la tombe du journalisme mexicain ?


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Photo Oliver Flores/Flickr




Médias et politique : connivence, servilité et corruption

"Mexique" et "journalisme" sont deux mots difficilement compatibles. Depuis l'Indépendance, les politiques mexicains ont su se jouer des lois pour asseoir leur pouvoir sur les médias. Enquête sur une relation plus qu'ambigüe.


Depuis l'arrivée au pouvoir de la Coalition pour le Bien de Tous, le Chiapas respire. "Le tyran, l'ennemi n°1 de la presse critique, s'en est allé", titre El Diario de Chiapas au lendemain des élections, en 2007. "Notre nouveau Gouverneur est le plus responsable, le plus honnête et le plus à l'écoute que nous n'ayons jamais eu", ajoutent d'autres quotidiens de cet Etat du sud du pays.

Le tyran, celui qui avait mis à feu et à sang la presse locale, se nomme Pablo Salazar. L'ancien Gouverneur du tout-puissant PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) voulait mettre fin à la publicité officielle, des encarts ou des articles payés par l'Etat et qui représentent la principale source de revenus de la presse du Chiapas et du Mexique tout entier. Avec son départ, les finances des journaux ont donc été sauvées. La liberté d'expression, un peu moins.

Journalistes et politiques ne se gênent pas pour afficher leur relation au grand public. Une union libre, comme le prévoit la Constitution de 1812 (liberté de la presse garantie), mais qui s'apparente plutôt à un mariage forcé. "Dans son ensemble, la presse mexicaine est loin d'être indépendante, constate Jose Luis Esquivel, reporter mexicain et maître de conférence à l'Université de Monterrey (Nuevo León). Depuis la dictature du PRI, les rapports entre les médias et le pouvoir peuvent se résumer en trois mots : la connivence, la servilité et la corruption. Si tu es loin du pouvoir, tu n'existes pas."

L'autocensure en maître absolu


"Les médias sont inondés de publicité du gouvernement, témoigne Alexandre Peyrille, ancien correspondant de l'AFP à Mexico de 2004 à 2008. Si un journaliste est accrédité à un Ministère, il travaille avec un salaire de base peu élevé, puis il reçoit un pourcentage sur les publicités achetées dans son journal par ce Ministère." A l'époque du PRI, ajoute Esquivel, la tradition des patrons de presse était de ne pas payer leurs journalistes avec de l'argent, mais avec des accréditations pour couvrir un ministère. Les enveloppes qu'ils recevaient par la suite de la part des politiques constituaient leur vrai salaire. Les journalistes se battaient pour se trouver dans les circuits où les pots-de-vin étaient les plus importants."

L'Etat mexicain a englouti en 2005 plus de 576 milliards de pesos (38 milliards d'euros) en publicité officielle. Avec 38 millions d'euros perçus, le quotidien Reforma devance, au niveau de la presse écrite, Universal (29 millions) et La Jornada (21 millions).

Ces publicités peuvent représenter jusqu'à 80% des recettes totales de certains journaux. Aucune loi ne fixe la distribution de ces fonds, la tradition étant de les attribuer à ceux qui "respectent" le généreux donateur. Les journalistes ne sont pas tenus non plus de spécifier dans leurs pages s'il s'agit d'une publicité officielle.

Selon Peyrille, "si le gouvernement n'achète plus ces publicités, il signe l'arrêt de mort du journal, comme ce fût le cas par exemple avec Radio Monitor. Résultat, l'autocensure règne en maître. La presse mexicaine en est réduit à un état de "beni oui-oui". "

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Les 38 milliards d'euros investis par l'Etat en publicité officielle permettent d'aspetiser la presse. Photo Sarihuella/Flickr

Un état apathique dont ne cherchent pas forcément à se défaire les propriétaires de journaux, à l'image de la période post-PIPSA, l'entreprise productrice et importatrice de papier journal. Sous la coupe du pouvoir, ce groupe a fait la pluie et le beau temps sur la presse écrite de 1935 à 1992 (papier offert aux complaisants, vendu à prix d'or aux opposants). Lors de son démantèlement, la plupart des patrons de presse ont supplié le gouvernement de revenir en arrière, préférant la gratuité de la matière première à la qualité critique de leurs journaux.

Ce fût l'une des seules fois de leur histoire où les médias mexicains ont affiché une cohésion. "Même aujourd'hui, lorsqu'un média reçoit des menaces des narcos, aucun autre média ne le soutient, constate Esquivel. Il y a une véritable guerre médiatique qui enfonce encore un peu plus notre profession."

Pub ou info : à vous de choisir

Une étude menée dans la ville de Toluca (Etat de Mexico) montre le rôle de la presse écrite locale dans la promotion des politiques. Dans les trois principaux quotidiens de la ville, 80% des gros titres rendaient compte, en 2005, de l'activité du gouvernement, avec comme protagoniste majeur le Gouverneur. Des membres du gouvernement figuraient sur 60% des photos, tandis que 90% des articles provenaient de sources institutionnelles, dont 70% de la part des politiques en place.

L'Etat mexicain s'est depuis longtemps doté de différents mécanismes pour exercer un contrôle subtil sur la presse. Les gouvernements ont presque institutionnalisé la pratique du pot-de-vin, la nomination de journalistes à de hautes fonctions politiques et le contrôle de l'économie via les publicités officielles pour façonner une presse docile, un monde où la censure n'existe pas mais où l'autocensure est la règle.

Les médias mexicains ne relient pas les politiques au peuple: ils permettent aux élites de communiquer entre elles. La seule source d'informations viable est celle provenant de la voix officielle. L'information est souvent réduite en monnaie d'échange pour obtenir des faveurs entre politiques et journalistes.

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Les grands médias mexicains n'ont jamais remis en cause l'élection de Calderon en 2006, malgré les lourds soupçons de fraude qui ont pesé sur le scrutin. Photo gouvernement fédéral/Flickr


De la Préhistoire à l'Age de Pierre

La fin de la "dictature parfaite" du PRI (expression chère à Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature,) a cependant permis une évolution au sein des médias mexicains. La corruption affichée au grand jour semble avoir disparue avec elle, mais l'autocensure perdure. Question de survie. "La corruption avec les politiques est encore très grande, mais désormais certaines affaires peuvent être révélées par des médias comme Proceso ou La Jornada, affirme Jean-François Desessard, journaliste scientifique français ayant travaillé sur le Mexique. Le problème, c'est que les gens ne lisent pas la presse écrite, ils regardent la télé, alors les politiques n'y prêtent même pas attention."

Personne ne lit les écrits de Mora ou de Poniatowska sur les évènements sanglants de 1969, puisque l'autocensure permet toujours d'éviter ces sujets épineux. Il est pratiquement impossible aussi de trouver des enquêtes sur d'éventuelles affaires de pédophilie, dans le civil ou dans l'Eglise. Dans son livre Los Demonios del Edén, la journaliste Lydia Cacho révélait l'existence d'un réseau de prostitution de mineurs géré par un promoteur immobilier de Cancún soutenu par certains hommes politiques de la ville. Résulltat : Cacho est persécutée par la justice et vit sous les menaces de mort.

Autre exemple, celui de Sanjuana Martinez.  "Proceso a censuré l'enquête que j'ai réalisé sur la pédophilie dans l'Eglise, se souvient la reporter dans La Revista de Comunicación. La promotion de mon livre, Manto Púrpura ("Manteau Pourpre"), a ensuite été refusée par les grands magazines nationaux, affirmant qu'on ne pouvait rien publier contre l'Eglise. Puis les menaces de mort et les voitures sans plaques sont arrivées. L'Eglise a une influence beaucoup trop grande sur l'électorat pour que l'Etat laisse apparaître des affaires."

Les médias et les politiques se protègent mutuellement et chacun tire profit de cette symbiose basée sur l'autocensure. Les Mexicains ne sont pas dupes, puisqu'ils ne sont que 4% à faire confiance aux journalistes. Un constat que tente de positiver Alexandre Peyrille : "La presse mexicaine est dans un état pitoyable. Elle n'est que la cheville ouvrière du pouvoir, mais ces dernières années, elle a progressé. Elle est passée de la Préhistoire à l'Age de pierre..."



"Personne ne se bat avec Televisa"

L'audiovisuel mexicain n'hésite pas à manipuler l'audience pour propager les idées du pouvoir en place.

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"Televisa, dis-moi la vérité !" Photo Esparta/Flickr

La télévision mexicaine aime le pouvoir et le pouvoir le lui rend bien. Avec une grille de programmes conservatrice au niveau moral, néolibéral et économique et l'audience comme seul objectif, les deux géants de l'audiovisuel, Televisa et TV Azteca, infantilisent leurs audiences régionales au profit du gouvernement. Ces dernières semaines, Televisa (plus grand groupe d'Amérique Latine,225 chaînes, 68% des audiences, 58% des recettes publicitaires au Mexique) a été sévèrement critiqué pour son traitement du bi-centenaire de l'indépendance, en septembre dernier.

Le mastodonte de l'audiovisuel a avoué être derrière une immense campagne publicitaire ("Iniciativa México") qui a inondé les chaînes du pays avant les célébrations de cet anniversaire. Une campagne réalisée avec la collaboration des quarante médias les plus puissants et l'élite politique du pays. L'objectif : éliminer l'insatisfaction publique et l'esprit de rébellion qui, traditionnellement, souffle lors des cérémonies, en mettant en avant (toutes les quinze minutes sur les chaînes de télévision et les antennes radios) des citoyens "exemplaires", tels Javier Aguirre (ancien sélectionneur de l'équipe nationale de football, qui a déclaré après la dernière Coupe du monde ne plus jamais vouloir remettre les pieds au Mexique) ou Salma Hayek, qui vit à l'étranger depuis de nombreuses années.

Dès le début, cette "Iniciativa México" a été condamnée par une population qui se sent de moins en moins en adéquation avec des médias qui ne cessent de s'éloigner de leurs préoccupations quotidiennes.

Main basse sur les fréquences

Pas besoin de campagnes publicitaires cependant pour que les deux géants de l'audiovisuel accentuent leurs pouvoirs avec le soutien de l'appareil politique. En 2001, les deux groupes ont mis leur véto sur une réforme des médias électroniques permettant la libre-concurrence et la création d'un organisme de contrôle. Pour la contrer, ils fomentent en 2006 une autre réforme, la Ley Televisa. Cette réforme permet à Televisa et TV Azteca de devenir possesseurs du spectre digital des fréquences, jusqu'ici propriété de l'Etat.

La loi fut adoptée par les députés en sept minutes, sans lecture préalable, quasiment à l'unanimité (une première au Mexique). "Personne ne veut se battre avec Televisa", se lamente Carlos Sotelo, sénateur du PRD, un parti de l'opposition. Les deux groupes ont désormais droit de vie et de mort sur l'ensemble des chaînes de télévision mexicaines. L'Etat peut quant à lui être sûr qu'aucune contestation ne sortira du petit écran.


 

Médias et narcos : le trafic de l'information

"Mexique" et "journalisme" sont des mots difficilement compatibles. Souvent cheville ouvrière du pouvoir, les médias souffrent aussi du poids des narcotrafiquants. Une menace peut-être fatale aux journalistes.


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Depuis 2010, écoles et entreprises du Tamaulipas sont obligées de modifier leurs horaires pour la sécurité de la population. Photo El Enigma/Flickr

"Qu'attendez-vous de nous" Le titre de l'éditorial du 18 septembre 2010 d'El Diario, le plus grand quotidien de Ciudad Juárez (ville frontalière avec les USA, Etat de Chihuahua), ne peut pas être plus clair. Après le meurtre de son photographe Luis Carlos Santiago (le douzième journaliste tué cette année au Mexique), El Diario avoue son impuissance face à la violence des cartels régnant sur la ville. "Vous êtes, de facto, les autorités de cette ville, puisque les institutions légales n'ont rien fait pour empêcher la mort de nos compagnons", peut-on lire dans l'éditorial. "Que cherchez-vous à nous faire publier, pour savoir à quoi nous en tenir ?"

La puissance de plus en plus grande des cartels de trafiquants de drogues rend presque impossible la pratique du journalisme dans certaines régions du pays. "Les Etats frontaliers avec les Etats-Unis, comme le Tamaulipas ou le Chihuahua, se trouvent dans une situation de guerre civile, constate Jose Luis Esquivel, reporter et spécialiste des médias mexicains. Les cartels sont prêts à tout pour s'assurer le contrôle des routes de la drogue vers les Etats-Unis."

Selon Mike O'Connor, ancien correspondant du New-York Times, désormais en charge du Comité de Protection des Journalistes (CPJ) au Mexique, "de grandes villes comme Reynosa (Tamaulipas) sont complètement contrôlées par le crime organisé. Même les vendeurs ambulants de tomates vertes doivent faire allégeance aux narcos et devenir leurs espions. Le gouvernement est mouillé jusqu'au cou. Les journalistes le savent, mais personne ne peut rien dire. La population ne sait pas ce qui se passe chez elle."

Féroces cucarachas

Les intimidations, comme l'envoi de têtes accompagnées d'un message de menace ou le criblage de la façade de la rédaction, sont désormais monnaie courante pour les journalistes qui voudraient se mettre en travers de la route des narcos. Un dicton propagé dans les médias mexicains affirme même que lorsqu'un journaliste rencontre un narco, ce dernier commence par lui poser une question : "plomo o plata ?" (le plomb ou l'argent ?).

En huit ans, soixante journalistes ont été assassinés et dix-neuf sont portés disparus selon les sources officielles. Des chiffres à mettre entre parenthèses, puisque certains Etats du nord, comme le Tamaulipas, ont arrêté de dénombrer les victimes de cette guerre civile il y a un an.


Exécutomètre des journalistes mexicains (meurtres + disparitions non résolues) depuis 2002

A Monterrey (Nuevo León), ville à l'ouest du Tamaulipas, les journalistes de Televisa portent désormais des gilets pare-balles pour partir en reportage. Une situation que relativise Esquivel, pourtant séquestré à trois reprises au cours de sa carrière. "C'est vrai que les médias du Nord sont contrôlés et financés par les narcos, mais ce n'est pas le cas du reste du pays. Par exemple, ils n'ont aucune visée à Monterrey, si ce n'est de se montrer quand une opération militaire les chasse du Tamaulipas, l'Etat voisin. C'est comme lorsque les cucarachas sont chassées d'une maison par des insecticides. Elles se réfugient un temps chez le voisin avant de revenir."

Au-delà de la peur qu'ils suscitent, la stratégie médiatique des narcos a évolué au fil du temps. Finie la période des années 80 et 90 où les capos (chefs de cartels) aimaient s'afficher dans les journaux et montrer toute leur cruauté. Désormais, ils éliminent les informations sur leurs actes de violences et soudoient des journalistes pour exagérer la sauvagerie de leurs adversaires. "La collusion entre les journalistes et les cartels est très forte", note Alexandre Peyrille, correspondant de l'AFP à Mexico de 2004 à 2008. "Un journaliste peut très bien être éliminé parce qu'il collabore avec les concurrents."

En laissant filtrer des informations de fonctionnaires corrompus, les cartels utilisent aussi les médias pour nuire aux opérations de leurs adversaires, sans que les journalistes ne s'en rendent compte. Ils les utilisent désormais comme le ferait n'importe quel parti politique... sauf qu'eux sont capables de tuer pour atteindre leurs objectifs en matière de relations publiques.

"Dans ce conflit armé, les narcos ont une véritable stratégie médiatique", analyse Beatriz Pagés, députée de l'opposition. Dans l'autre camp, l'armée et l'Etat usent aussi de stratagèmes médiatiques plus ou moins légaux. Début décembre, les officiels de la Zone Militaire 24 de Cuernavaca convoquent les journalistes locaux. Dans leurs filets, un jeune adolescent de 14 ans. Sur des vidéos publiées sur Youtube, l'adolescent dit être un "sicario" (tueur embauché par un cartel) depuis ses 11 ans et avoir égorgé plusieurs personnes.

A l'encontre de la Convention des Droits de l'Enfant, plusieurs conférences de presse ont été organisées sur la zone militaire, en pleine nuit. L'évènement a fait la une des journaux mexicains et certains médias étrangers l'ont même repris (Libération du 9 décembre). En improvisant ces conférences de presse, l'armée et le gouvernement ont réussi leur pari : créer un "buzz" international avec ce cas et se mettre l'opinion dans la poche pour abaisser l'âge légal de responsabilité en matière criminelle.


Vidéo de l'arrestation du jeune Sicario de 14 ans.

Le silence ou la mort

Pris entre leur attachement au pouvoir et les menaces des narcos, certains médias ne savent plus sur quel pied danser et optent pour le silence. Lors d'un forum organisé en septembre 2010 par la Société Interaméricaine de Presse, les principaux directeurs de journaux ont avoué qu'ils n'informent plus que de manière sommaire, et sans enquêter, sur le narcotraffic. "Nous ne faisons plus de travail d'enquête, ni de travail pour définir les différents groupes du crime organisé qui se disputent la ville de Torreón", a concédé lors des débats Javier Garza, sous-directeur éditorial d'El Siglo de Torreón. "Si nous voyons un risque pour un reporter, on sacrifie l'info."

Un sacrifice dont est victime l'Etat du Tamaulipas. Depuis plusieurs jours, des affrontements entre les Zetas et le Cartel du Golfe (les deux organisations qui se disputent le contrôle de la zone) auraient fait plus de 200 morts. "Même les employés des funérariums de la région ne veulent plus parler, regrette un reporter américain dans les colonnes de Proceso. Parler à un policier, c'est comme parler à un narco. S'il apprend que je suis reporter, je suis fini."

Les médias américains du Texas, comme le Brownsville Herald ou le Laredo Morning Times, n'osent plus franchir la frontière et ordonnent à leurs journalistes de ne publier que des informations basiques à ce sujet.

Journalistes en voie d'extinction ?

"Le journalisme est en train de disparaître dans les Etats du Nord du Mexique", s'insurge Mike O'Connor. Pour le représentant du CPJ, le crime, la violence et la corruption détruisent à petit feu la profession. L'impunité par rapport à ces événements ne fait que nourrir le prochain meurtre d'un journaliste.

"O'Connor a une vision radicale et extrêmiste, tance Jose Luis Esquivel. Le journalisme mexicain n'a jamais connu de périodes de tranquilité. C'est le prix à payer, mais au final, les crises sont toujours positives. Les nouvelles générations s'adapteront à cette réalité nouvelle comme nous l'avons fait de par le passé. La corruption et la peur ne sont pas des excuses. Il faut se mettre dans la tête que nous ne sommes les porte-paroles des narcos ou de l'Etat, mais ceux du peuple entier."

Il ne faudra certainement pas compter sur les nouvelles institutions mises en place par le gouvernement pour protéger les journalistes ("de la poudre aux yeux, du blabla pour soigner l'image du Président Calderon", selon Peyrille ; "Sur la soixantaine de meurtres, ils n'ont jamais arrêté personne, ce n'est qu'un écran de fumée", souligne Esquivel).

Même chose pour les associations de journalistes, dont la principale préoccupation est d'éditer un manuel pour "éviter de se faire tuer par les autorités ou les narcotrafiquants" ("Assurez-vous que les tueurs ne sont plus dans les parages, ayez sur vous une trousse de premiers soins, ne vous habillez pas de la même couleur que les policiers", et surtout, "ne posez pas de questions incisives"). "On n'est pas en Afghanistan. J'ai travaillé à plusieurs reprises à Ciudad Juárez et j'en suis revenu, conclut Jose Luis Esquivel. Un journaliste ne devrait jamais être un intermédiaire. S'il a peur, il franchit la frontière et il s'en va. D'autres prendront sa place."


Manifestation de journalistes (août 2010, Mexico) pour réclamer la fin de l'impunité après la cascade de meurtres qui touche la profession.

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