Faut-il être beau pour faire de l'info?

Louise Wessbecher 0 Commentaires
Imprimer

La sur-importance du physique et du style à la télévision fait couler de l'encre. « Le JT nouveau concours de beauté » dans le magazine du Monde. Ou « Les bimbos de l'info » pour Vincent Coquebert de GQ. Ce constat est-il vraiment nouveau ? Concerne-t-il les présentateurs de toutes les chaînes télévisées ? La récente charte vestimentaire de France 3 semble confirmer cette tendance.

 

louise

 

« Evitez les jeans délavés ou troués », « la jupe se porte au niveau du genou », « le port de la cravate est recommandé, particulièrement en soirée ». La charte vestimentaire de France 3 envoyée à tous les présentateurs des différents JT va bien au-delà des impératifs techniques et visuels. Ceux qui permettent d'éviter le cross-color, ces vibrations à l'écran provoquées par un motif pied-de-poule par exemple. Sur une quarantaine de pages, Laurent Sauvage, directeur artistique de la chaîne, énumère toutes les pièces de la tenue du bon présentateur. « Il ne s'agit pas de dicter les choses à nos présentateurs, simplement de les aider avec des basiques, explique l'auteur de la charte. La diversité de France 3 est une force, mais il est nécessaire de maîtriser l'image que nous transmettons ».

 

« LA TENDANCE VESTIMENTAIRE COMMUNE VA DE SOI »

 

Alors après avoir modifié l'habillage des JT, Laurent Sauvage s'occupe de l'habillement. « Les vêtements sont un langage, au même titre que le logo de la chaîne ou les décors », justifie-t-il. Avec plus de 116 éditions entre le 12/13, le 19/20 et le Soir 3 de chaque antenne locale, une volonté d'unité peut se comprendre. Une harmonisation d'ailleurs bienvenue pour Vincent Dubroca, présentateur du 19/20 de France 3 Aquitaine. Ce brun au look soigné -avant même la réception de cette charte- comprend cette initiative. « Nous appartenons tous au même média et présentons sur des plateaux communs. La tendance vestimentaire commune va de soi », explique-t-il. Seul faux pli selon Vincent Dubroca, la forme des conseils : « Il est étonnant de devoir passer par une charte écrite et officielle ».

 

En fait, ces codes vestimentaires existent dans toutes les chaînes. Mais souvent de manière implicite. Avec seulement trois présentateurs à TF1, les conseils oraux d'un styliste font l'affaire. On voit mal France 3 faire de même avec ses quelques 200 présentateurs. Si la chaîne publique se limite à des conseils vestimentaires, d'autres vont plus loin. Ces autres, ce sont souvent des chaînes privées. A Canal +, on pratique les échanges commerciaux. Les présentateurs sont habillés par des marques de luxe, ensuite citées au générique de l'émission. Et c'est parfois toute l'apparence physique qui est contrôlée. La beauté du présentateur entre alors en ligne de compte. Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV confie au magazine M qu'un physique « disgracieux » a peu de chance de passer à l'antenne, dans un article du 1er octobre 2001.

 

UN SEUL MODELE STEREOTYPE RESSORT

 

La «bimboisation de l'information » est un phénomène récent selon les sociologues des médias. Les premiers journalistes surnommés « Ken et Barbie » auraient été Thomas Hugues et Laurence Ferrari. Mais Jean-Claude Dassier, ancien directeur général de LCI revendique la paternité de ce phénomène. Et avec fierté : « Pour que [les présentatrices] passent bien dans le tube, il est nécessaire de respecter une alchimie particulière : du charme, un regard, une vraie personnalité physique, et si possible qu'elles puissent sentir la lavande dès le matin ».

 

Un présentateur au look travaillé, soigné n'est pas forcément moins compétent. Sauf dans le cas des célèbres présentatrices d'I-télé au « niveau informatif proche de zéro » selon GQ et recrutées à fortiori uniquement sur des critères physiques. Mais voilà le hic. Service public ou chaînes privées, les journalistes se suivent et se ressemblent. Un seul modèle stéréotypé ressort. Le média érige un modèle figé du présentateur de l'information, bien loin de la réalité. Et Florence Dauchez, ancienne d'I-télé aujourd'hui à Canal+, de conclure : « Les patrons de chaîne diffusent le message « Soyez beau, c'est le critère absolu », c'est une vraie dérive ».

Et s'il fallait aussi être jeune ?

A la télévision anglaise, la question de l'âge a clairement son importance. La BBC a écarté de l'antenne quatre animatrices quadragénaires à l'occasion d'un changement de grille. Miriam O'Reilly, journaliste quinquagénaire au service de la chaîne depuis 25 ans, a fait l'objet de remarques de directeurs des programmes : « Il va falloir s'occuper de ces rides, avec l'arrivée de la [télévision] haute-définition ». Ou encore : « Ca ne serait pas l'heure du Botox? ».

Petite victoire puisque la justice britannique, saisie par Miriam O'Reilly, a condamné la BBC pour discrimination liée à l'âge. Mais pas pour celle liée au sexe. Or parmi les remplaçants des quatre quadra, un présentateur homme de près de 70 ans.

Partager cette page