Le journalisme, une matière artistique

Nastassia Solovjovas 0 Commentaires
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Une danseuse classique, des serpillières, ou des listings collés sur une toile. Ces objets ont tous un point commun. Ils questionnent le journalisme et sa matière première, l'actualité.

 


philippe pasquet

 

 

« Artistes et journalistes ont cette capacité de dire les choses, de montrer, de dénoncer. C'est ce qu'on pourrait appeler de la résistance ». Pour Philippe Pasquet, artiste strabourgeois, l'art et le journalisme ont cela en commun. En 2008, l'affaire Kerviel éclate. Radio, net, presse et télé, le nom de l'homme qui a fait perdre plus de cinq milliards d'euros à la Société générale est partout. Dans une série réalisée avec Denis Robert intitulée Les Galactiques,  des noms de traders sont cousus sur des serpillières. « J'ai pensé d'abord à ces fameuses affiches de type western sur lesquelles étaient mises à prix la tête de crapules notoires. L'idée a fait son chemin pour en arriver au top 10 des traders ayant perdu le plus de fric », explique le plasticien. Ca frappe au visage. Les traders sont devenus les crapules à abattre et les médias se transforment en saloon d'un vieux western. Une vision originale d'une information sous les projecteurs, mais aussi et surtout une manière de dénoncer un système où l'argent est roi.

 

« JUNK »

 

Denis Robert est journaliste et écrivain. En février 2011, il est relaxé dans l'affaire Clearstream après avoir mis au grand jour dans son livre « Révélation$ », en 2001, la dissimulation de transactions financières par la banque luxembourgeoise. Selon l'ancien de Libération, l'art en dit parfois plus que l'information. En 2006 et 2008, lui et Philippe Pasquet travaillent à la réalisation de deux expositions. « Domination » et « Diffamation$ ». Des œuvres sur lesquelles se côtoient listing, notes et dessins. Il poursuit son travail en 2009 avec l'exposition Junk. « Ces toiles éclairent différemment, font faire un pas de côté », affirme l'artiste. Elles en disent aussi beaucoup sur l'homme. « Je ne dirai plus de mal de Clearstream », est ainsi répété comme une punition sur plusieurs de ses créations. Des mots écrits avec des couleurs vives. On ressentirait presque la violence et la rage cachée derrière dix années de procès. « Cette matière est indissociable de mon histoire et de ma personne. C'est ma toile de fond », conclut-il.

 

UN ANGE PASSE

 

Albertine Meunier est Net Artiste. Dans « Varations sur Angelinos », lorsque le mot « ange » apparait sur Twitter, des danseuses mécaniques se mettent à tourner. Une manière de rendre le média de micro blogging palpable et accessible au plus grand nombre. Ce fut le cas pendant trois mois à l'exposition « Regards d'artistes sur les médias sociaux » de Cap Sciences à Bordeaux . Twitter, le terrain de jeu de quelques journalistes devient alors un terrain d'exploration pour tous. « Quand une personne tape le mot ange et que la danseuse se met à tourner, elle comprend l'impact que son information peut avoir », explique Aurélie Charles, organisatrice. « Lorsqu'un journaliste utilise Twitter pour retranscrire en direct le procès de Dominique Strauss Kahn, l'impact est positif, mais s'il dit une grosse bêtise et que tout le monde le reprend, là c'est plutôt négatif ». C'est l'exemple qu'elle donne aux visiteurs.

 

variations meunier

 

 

« DERNIERE BREVE »

 

L'art met à nu l'actualité et ceux qui la font. Il permet aussi de garder un œil critique sur le journalisme. Une paire de chaussures roses à la main, des ouvriers indonésiens essaient de se rappeler de quand date la fabrication. Les images ressemblent à celles d'un documentaire. Derrière la caméra, Michael Blum, artiste viennois. Dans Capri in Tangerang (actuellement au musée d'Aquitaine) il teste la frontière entre art et journalisme. Comme il l'avait fait en 2001, il remonte la filière d'une paire de baskets Nike. « Je travaille avec des méthodes empruntées à l'arsenal du journaliste, du détective, du chercheur ou de l'amateur. Mais éthiquement, je suis artiste », affirme le passionné. La technique du documentaire constitue pour lui un outil d'expression à part entière. « Dans ma vidéo, cela me permet de ne pas faire de généralité et de parler de CES chaussures ». Dans certaines de ses créations, la frontière est encore plus floue. C'est le cas de « Dernière brève » en 2004. Dans les pages du Républicain Lorrain, il publie des brèves inédites. L'incendie d'un fast food au Trinidad ou l'augmentation du prix du taxi en Jamaïque, la critique est évidente. Il l'explique sur son site : « Je vois plutôt un champ très restreint qui est couvert par la presse et beaucoup de pays dont on entend jamais parler ».

 

Pour en savoir plus sur les artistes

 

Interview de Philippe Pasquet par Le mague.net

 

Interview de Denis Robert par Rue 89

 

Interview d'Albertine Meunier par lecub.com

 

Interview de Michael Blum par le Collectif R

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