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"Média le Mag" vs "Pop Com"

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"Média le Mag" vs "Pop Com"
Paroles de téléspectateurs
Questions à : Thierry Lancien
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Depuis quelques temps, on voit fleurir un peu partout des rubriques médias dans les journaux et sur internet. La télévision aussi s'y est mise. Après Arrêt sur image présenté par Daniel Schneidermann, France 5 propose Media le magazine et Canal + PopCom. Objectif : garder un œil sur ce qu'on dit dans la presse et comment on le dit.


Paroles de télespectateurs

Décrypter, analyser, donner des clés... le dimanche à la télé, on se demande comment on traite l'actualité dans les médias. Deux émissions se partage le gâteau : Media le magazine sur France 5 et Pop Com sur Canal+. La bataille peut commencer.

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Alors allons-y. Nous sommes le dimanche 6 décembre. 12h35, l'heure de gagner le canapé. Le générique de Média le magazine résonne, sobre et élégant. L'actu, c'est sérieux. Thomas Hugues, costume sombre et chemise noire, n'est pas là pour rigoler apparemment.
Six heures plus tard sur Canal+, deuxième rendez-vous de la journée : Pop Com. Victor Robert accueille les téléspectateurs égarés en cette fin de journée. L'ambiance se veut plus décalée. Au programme : une « analyse du grand cirque médiatique ». On va rire un peu plus cette fois ?

Les sujets. Première impression, Médias le Magazine colle à l'actualité chaude de la semaine. Thomas Hughes attaque avec un sujet sur les minarets et sur la représentation de l'Islam dans les médias. Tout reste très convenu. Le commentaire est clair, aujourd'hui on parle « du fossé, flagrant cette fois, entre les élites dont font partie les journalistes et la population ». Les interviews sont bien choisies, on les écoute de bout en bout. Darius Rochebin, le PPDA de la télévision publique Suisse (TSR) est catégorique: « [le référendum sur les minarets,] c'est un vote qui passionne les Suisses. » Quel scoop ! Une spécialiste de l'Islam pointe du doigt l'ignorance des journalistes. Aïe !
Peu de folie dans ce sujet. La sacro-sainte neutralité journalistique a encore frappé. Allez. Un dernier extrait pour le plaisir, la conclusion du commentaire : « Aujourd'hui, tout l'enjeu pour les médias est de réussir à parler de l'Islam sans le diaboliser.»

Zapette en main, on bascule sur Canal+. Le rythme de Pop Com est différent. Les sujets fusent. Le montage façon zapping agace assez vite. En cinq minutes, l'émission a déjà survolé sept événements. De la nouvelle présidente de l'Epad à l'annulation de la distribution des sextoys dans les rues de Paris, en passant pas l'idylle entre Ines Sastre et Jean-Luc Delarue, c'est un véritable show médiatique survolté. Pas le temps de réfléchir. Pop Com empile les actus médiatiques et analyse sans distinguo les campagnes publicitaires.
C'est un joyeux bazar. Plaisant à regarder certes, mais on ne retient pas grand chose. Mention spéciale pour le reportage sur Polanski. La journaliste Raphaëlle Baillot, ancienne journaliste de C + clair, attend avec les journalistes... qui attendent le cinéaste. Ça donne une troupe de 90 reporters très occupés ... à patienter sous la neige. Qu'est ce qu'ils ne feraient pas pour satisfaire notre curiosité de téléspectateurs!

Les invités. Ce dimanche, Thomas Hugues accueille Laurence Ferrari. Grosse cylindrée du journalisme du point de vue des audiences. La présentatrice de TF1 est là pour parler de son JT en direct du Groenland. Mais Thomas Hughes en profite pour la faire réagir sur l'Islam, l'affaire Florence Schaal et la critique de Duhamel sur son interview présidentielle. Habile. En vieux roublard de l'entretien, le présentateur enchaîne les questions sans lui laisser de répits.
Deuxième invité, l'animateur Philippe Risoli. Thomas Hughes revient sur sa carrière. Classique. Alors on se pose légitimement la question : mais que fait Philippe Risoli sur ce plateau ? L'ancien présentateur du Juste prix anime désormais l'Ecole des fans sur Gulli. Nous y voilà ! C'est plus superficiel et ça ramène de la fraîcheur au programme. Passer de l'Islam au remake de Jacques Martin, c'est quand même un grand écart osé. Pourtant on avale la pilule et on reste jusqu'au bout de l'émission.

Côté Pop Com, une seule invitée : Flavie Flament. On se rappelle aussitôt que l'animatrice s'est fait connaître à travers une émission people, Exclusif. Mais aujourd'hui c'est fini, elle passe au journalisme, au vrai. Flavie Flament s'intéresse au Fait Divers.
Effectivement face à ce revirement de situation professionnelle, une interview s'impose. Même procédé que dans Média le Mag : bref retour sur sa carrière et sur sa décision de quitter TF1. Victor Robert, d'habitude prompt à remettre ses invités à leur place, la laisse opérer seule et va même jusqu'à faire la promo de sa nouvelle émission, « Les rois du casse » sur Jimmy. Le présentateur ne la titille pas vraiment, du coup on s'ennuie un peu. Tout s'explique quand Victor Robert précise, fair play, que Jimmy appartient au groupe Canal+...

L'actu de la semaine. Incontournable des deux émissions : une rétrospective médiatique. Un résumé en image et en cinq minutes pour Média le mag. C'est Sébastien Deurdilly qui s'y colle. Et c'est la bonne surprise de l'émission. Les accroches sont fines et la voix agréable. On suit le commentaire d'une chaîne à l'autre et on apprécie quelques remarques bien senties par-ci par-là. Petit bémol : « les news de la semaine » sont surtout des news télé.

Dans Pop Com, la hiérarchie a du mal à émerger. En début d'émission, on nous a déjà bombardé une flopée d'actu. « Media Circus » nous laisse un peu sur notre faim. Plus tard, on tombe sur « Télé-scope : 8 minutes de coulisses et d'indiscrétions sur la télé ». Ah ! Ça, ça à l'air croustillant, ça nous plaît... a priori. En réalité on reste plutôt sans voix. De l'insolite en veux-tu en voilà. Ça n'a ni queue ni tête. Une chose est sûre on est bien sur Canal. Le coup de patte de la chaîne : un sujet sur un présentateur allemand qui présente son show depuis chez lui parce qu'il a la grippe : « Je viens de prendre ma température et j'ai quand même 39,9 », thermomètre à l'appui. Michel Cymès commente et ne fait pas dans la dentelle : « Je ne vois pas très bien l'intérêt... C'est comme si au moment d'une gastro entérite, je faisais ça en direct de mes toilettes ! » Comme quoi parfois, le téléspectateur a vraiment besoin qu'on éclaire sa lanterne...

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« les médias sont de plus en plus instrumentalisés »

Entretien avec Thierry Lancien, professeur à l'Institut des Sciences de l'Information et de la Communication de l'université Bordeaux 3, spécialiste de la sémiologie des médias.

Ces deux émissions affichent une volonté de décrypter les médias et déjouer les stratégies de communication. Quels sont les enjeux de cette critique des médias ?
Je ne pense pas qu'il s'agisse d'autocritique. Il s'agit plutôt de nous montrer les coulisses des médias et donc de satisfaire une certaine curiosité du public. Il ne s'agit pas non plus d'analyse au sens où l'émission de Daniel Schneiderman « Arrêt sur images » pouvait en faire en considérant les émissions pour en observer de manière critique les dispositifs.

La télévision actuelle accepte-elle la critique ?
Les évolutions récentes de la télévision que certains qualifient de « post télévision » posent évidemment des questions importantes et en partie nouvelles. Le mélange des genres (télé réalité, docu-fiction) mériterait des analyses.

Le rapport des hommes politiques aux médias a-t-il changé la donne ?
On peut dire que les médias sont de plus en plus instrumentalisés par les hommes politiques à travers leurs experts en communication. C'est une question très grave qui mériterait bien sûr d'être soulevée dans les émissions dites de critique des médias. Mais il faudrait qu'elles aient suffisamment d'indépendance pour le faire.

Quels procédés utilise-t-on pour mettre en scène la critique des médias à la télévision ?
Dans les émissions dont nous parlons et qui à mon avis sont plus informatives que critiques, on a recours au reportage, à l'enquête qui sont censés dévoiler des aspects peu connus du fonctionnement des médias. Mais ce journalisme d'investigation reste la plupart du temps assez superficiel.

Le public a de moins en moins confiance dans le travail des journalistes. Ce type d'émissions peut-il permettre de retrouver une crédibilité ? Le public a de moins en moins confiance dans le travail des journalistes. Ce type d'émissions peut-il permettre de retrouver une crédibilité ?

On peut regretter qu'il n'y ait pas à la télévision des émissions non pas forcément critiques mais auto-réflexives. Cela étant, je crois beaucoup comme Dominique Wolton à l'intelligence du public. Je le vois par exemple avec les jeunes que je rencontre, ils sont beaucoup plus critiques qu'on ne le croit. Ils acquièrent cet esprit critique petit à petit et Internet joue aujourd'hui un rôle considérable par rapport à cette question.

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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