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XXI, dans les pas d'Albert Londres

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XXI, dans les pas d'Albert Londres
Une revue à contre-courant
Interview de Sophie Bouillon
Un nouveau souffle pour le BD reportage
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Lancée en janvier 2008, la revue XXI, fait figure d'ovni dans la paysage médiatique français. Ses créateurs, l'éditeur Laurent Beccaria et le reporter Patrick de Saint Exupéry ont voulu renouer avec la tradition du Grand reportage et du récit journalistique. Le pari était fou, le bouche à oreille a fait le reste. En huit numéros XXI se vend chaque trimestre à 39 000 exemplaires.


Une revue à contre-courant

Aux antipodes des chaînes de télévision en continu et des 140 caractères maximum de Twitter, la revue XXI est un ovni dans le paysage médiatique français. A coup de longs récits et d'illustrations soignées, XXI renoue avec la tradition du grand reportage.

« Et la lune regarde la scène, stupéfaite. Elle est là, ronde, parfaite, posée sur le ciel obscur ». Ce pourrait être le début d'un roman. Pourtant, ce sont les premières lignes d'un reportage paru dans le magazine XXI, en janvier 2008. Écrit par Sophie Bouillon, journaliste en Afrique du Sud, ce reportage a reçu en 2009 le prix Albert Londres. Et ce n'est pas un hasard, pour cette revue qui s'efforce depuis bientôt deux ans de marcher dans les pas de ce pionnier du grand reportage.

Puisque XXI doit son nom à ce nouveau siècle, des journalistes, romanciers, historiens et dessinateurs donnent vie à des récits venus du monde entier. Dans le dernier numéro, un reportage photo suit une famille d'Albanais pour qui l'honneur et la vengeance régissent les rapports humains. Un peu plus loin, le lecteur traverse à pied l'Amérique centrale aux côtés de ces « femmes courage » qui rêvent de rejoindre les Etats-Unis.

« Etre dans la vague et pas dans l'écume »
Au diable, donc, la dictature de l'actualité! Chez XXI, on ne se laisse pas assaillir par les flux incessants de l'information. « L'information aujourd'hui est déconnectée de la réalité. On nous dit que la crise financière représente 15 000 milliards de dollars. Mais ce sont des chiffres totalement virtuels » regrette Patrick de Saint Exupéry, le rédacteur en chef de la revue. Pour lui, les thèmes de grand reportage doivent sortir des sentiers battus. Avec toujours une idée fixe : « être dans la vague et pas dans l'écume » selon la métaphore du fondateur de la revue. Il a l'ambition de montrer et de raconter le monde en profondeur, toujours en apportant quelque chose de nouveau. « Quand on nous annonce les chiffres du chômage, on a l'impression que tout est dit. Nous, on part du principe qu'il y a toujours des choses à dire. »

Longs débats et discussions
Encore faut-il trouver le sujet à contre courant. XXI travaille quasi exclusivement avec des pigistes qui sont déjà sur le terrain. Lorsqu'ils ont une histoire à raconter, ils la proposent au rédacteur en chef. S'en suivent de longs débats et discussions sur le traitement du sujet. « Les journalistes aiment travailler pour XXI car ils ont le temps de faire un vrai travail de reportage, ce qui est très rare » explique Pierre Christin, auteur d'un BD reportage dans le dernier numéro. « En plus, ils sont très bien payés. » Un reportage dans la revue rapporte entre 3 000 et 5 000 euros à son auteur. Rien d'étonnant alors à ce que de grands noms du journalisme français aient accepté de suivre l'aventure. C'est le cas notamment de Sorj Chalandon ou de Laure Mandeville.

Dans l'esprit XXI, il n'y a pas de sujet pertinent sans forme audacieuse. Chaque reportage doit se lire, ou se regarder comme une histoire. Et la revue n'hésite pas à bousculer les genres. Récits à la première personne, BD reportages, photo reportages... XXI fait même souvent appel à des écrivains qui savent manier la plume. « On rassemble l'univers du récit dans tous les genres », explique Patrick de Saint Exupéry.

« Retour aux sources »
XXI, un ovni dans la presse française ? Le grand reportage, très présent dans la presse anglo-saxone, a presque disparu du paysage médiatique français. Aux Etats-Unis, The New Yorker, Harper's et Vanity Fair remplissent les kiosques. Ces magazines ont gardé des correspondants aux quatre coins du monde, et n'hésitent pas à publier des reportages de 20 pages. Mais cette culture du récit journalistique, appelé « narrative writing », n'est pas la seule inspiration de XXI. « Avant de penser au modèle américain, c'est d'abord un retour aux sources du journalisme français. Il ne faut pas oublier que Joseph Kessel et Albert Londres étaient français. »

« A mi-chemin entre le journalisme et l'édition »

En 8 numéros, XXI a connu un succès supérieur aux attentes des deux fondateurs, Patrick de Saint Exupéry et Laurent Beccaria. « Au début, on tablait sur 25 000 exemplaires ». Objectif largement atteint aujourd'hui puisque chaque numéro se vend à 39 000 exemplaires. Bien, « mais on peut toujours mieux faire », confie modestement le rédacteur en chef.Comment expliquer un tel succès malgré un prix de 15 euros ? D'abord, par la niche que XXI occupe dans la presse française et ensuite par son mode de distribution. La revue n'est pas vendue en kiosques, mais dans les magasins Relay, les grandes surfaces culturelles et les librairies. « Ce choix s'est imposé à nous naturellement, car nous sommes à mi-chemin entre le journalisme et l'édition. » Et l'idée a fait ses preuves : quand les lecteurs achètent XXI, ils achètent davantage un livre qu'un magazine.

Liens

XXI, c'est aussi un blog

Podcastez les interviews des auteurs de XXI:

Emission de Célyne Bayt-Darcourt le dimanche sur France Info, le dimanche à 8h53, 10h53



« Oublier sa condition de journaliste »

Sophie Bouillon est journaliste indépendante à Johannesburg, en Afrique du Sud. A 26 ans, elle a reçu le prix Albert Londres pour son reportage « Bienvenue chez Mugabe », publié dans XXI en octobre 2008.

Comment a débuté votre collaboration avec la revue XXI ?

Depuis longtemps, je voulais faire un reportage sur un exilé zimbabwéen qui retourne au pays après des années d'absence. A l'époque, j'étais encore en école de journalisme. Le rédacteur en chef, Patrick de Saint Exupéry, m'a dit que j'étais un peu jeune pour un projet de cette envergure. Il m'a orientée vers le site Internet de XXI. J'y ai publié deux articles qui lui ont plu. Il m'a donné le feu vert pour partir au Zimbabwe.

En quoi écrire pour XXI est différent d'écrire pour d'autres publications ?

Quand on pige pour la presse française, on a rarement le temps de préparer l'enquête qu'on va mener. XXI me donne le temps de préparer mes interviews et de lire des livres. La revue accorde beaucoup d'importance au style. Comme je travaille pour d'autres journaux, j'ai tendance à reproduire certains réflexes d'écriture qui ne collent pas à XXI. Par exemple, pour le prochain numéro de janvier, j'ai écrit un portrait de Jacob Zuma, le président sud africain. La première version n'a pas convenue à Patrick de Saint Exupéry. Il m'a dit: « Ca ne va pas, tu écris comme une journaliste !» En fait, il faut presque oublier sa condition de journaliste. Il faut s'imprégner du récit, décrire les faits avec une grande précision et diversifier l'écriture.

Le style XXI, c'est votre forme d'écriture idéale ?

Le grand format est quelque chose de très attractif qui offre des possibilités de récit intéressantes. Mais c'est extrêmement éprouvant. Quand on écrit 10 pages sur le même sujet pendant deux mois, c'est comme si on donnait une partie de soi. A chaque fois, j'ai l'impression d'accoucher dans la douleur! Sur une telle longueur, il faut réussir à trouver l'originalité, varier les tonalités et garder en haleine le lecteur. Avant même d'écrire le premier mot, on doit trouver le style adéquat. A la fin de la rédaction de mon reportage sur le Zimbabwe, je rêvais de mon sujet et je ne parlais plus que de ça. C'est passionnant mais très prenant.

Considérez-vous XXI comme un tremplin dans votre carrière de jeune journaliste ?

XXI a publié le reportage pour lequel j'ai été primée. Ca m'a notamment permis de collaborer avec le Monde Magazine. Mais six mois après, je ne peux pas dire que cette distinction a changé ma vie. Je ne veux pas que les choses changent parce que j'ai eu ce prix. Je suis toujours correspondante pour Courrier International et la Télévision Suisse Romande et pigiste pour, entre autres, La Croix, Télérama et Radio Canada. Ce n'est pas avec le prix Albert Londres que je paie mon loyer !

A lire sur le blog de XXI :

Un reportage de Sophie Bouillon sur le Zimbawe paru en janvier 2009


Un nouveau souffle pour le BD reportage

En mai dernier, le scénariste de BD Pierre Christin s'est rendu à Atacama au Chili dans une base d'observation spatiale. Au programme : dix jours d'interviews et de découvertes. Cinq mois plus tard, le reportage est publié dans XXI. En trente pages et plus de 250 dessins, il nous fait vivre ce lieu incroyable. Rencontre.

C'est une des particularités de XXI. Chaque trimestre, un dessinateur joue les reporters et publie son travail en une série d'illustrations. Pierre Christin, auteur de « Valérian et Laureline », ancien journaliste et spécialiste du BD reportage se devait tout naturellement de collaborer à un de ces « récits graphiques ».

Dans le numéro 8 de XXI, sorti en octobre dernier, il publie avec un ami dessinateur Olivier Balez, « Sous le ciel d'Atacama ». Une bande dessinée de trente pages sur un centre d'observation spatiale en plein coeur du désert du Chili. « L'aspect scientifique en lui-même ne se prêtait pas trop au dessin » raconte Pierre Christin. « Mais le cadre est tellement impressionnant... On a donc choisi de partir de là, d'un dessin de ce désert. La première image est la plus difficile à trouver, après une fois qu'on est parti... »

Le reportage avant la BD

C'est Olivier Balez, installé au Chili depuis plusieurs années, qui a découvert le sujet et a convaincu le scénariste de suivre l'aventure. Les deux hommes ont fait murir le projet puis se sont adressés à XXI et à Patrick de Saint Exupéry. A Paris, Pierre Christin fait des recherches, élabore une documentation et travaille avec une astrophysicienne du CNRS. En mai dernier enfin, il s'envole pour Santiago. Il y reste une dizaine de jours. Sur place, comme des journalistes, les deux hommes écoutent, observent, interrogent. Olivier Balez fait quelques croquis et prend de nombreuses photos. « Il faut travailler très vite. Le soir, on rentre à l'hôtel à Santiago et dès le lendemain matin on commence à écrire. Car le scénariste travaille toujours en amont du dessinateur » se souvient Pierre Christin.

L'importance du visuel

Né en France, le BD reportage a été remis au goût du jour par XXI, soucieux de soigner aussi bien le fond que la forme. Avec ces récits graphiques, la revue multiplie les genres et offre une place de taille à l'aspect visuel. Pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. « Cela apporte quelque chose de différent. Aujourd'hui quand on regarde les photo-reportages, la plupart sont d'une banalité affligeante » commente Pierre Christin.

Des magazines, comme Pilote ou Actuel dans les années 70, ont déjà tenté de publier régulièrement ce genre de récits, sans grand succès. Mais le trimestriel, par son rythme de publication, offre une grande liberté aux auteurs et dessinateurs. « Le BD reportage a beaucoup d'avantages. Il ne coûte presque rien, mais c'est beaucoup de travail. XXI est le seul titre qui permet de rester cinq ou six mois sur un projet ». Le temps de finir un récit qui se veut le plus possible fidèle à la réalité. La BD reste un reportage avant tout. Mais en tant qu'auteur n'est-on pas un peu tenté de se laisser aller à l'imagination ? « C'est sûr », répond Pierre Christin. « Cela reste plus facile d'être scénariste que journaliste. »

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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