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Webdocu: objet multimedia non identifié

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Webdocu: objet multimedia non identifié
La parole aux auteurs 1/2
La parole aux auteurs 2/2
A la recherche d'une valeur ajoutée
Financement à tâtons
Un mémoire interactif
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ninth-floor2Pour la première fois, une catégorie "webdocumentaire" a été créée dans le cadre du festival Visa pour l'image en 2009. Signe de l'ascension de ce nouveau format journalistique, à qui on commence à donner une place de choix sur internet. Beaucoup de sites de journaux possèdent un espace réservé au webdocumentaire et au webreportage.

D'autres entièrement consacrés à ce nouveau format fleurissent sur la toile. La machine webdocu est en marche, un peu en roue libre pour le moment. Pas de véritable définition de la forme, ni de modèle économique viable, le webdocumentaire se cherche. Pour l'instant, une seule règle: il n'y en a pas.

emiland2L'avis d'Emiland

« Pour le moment on appelle webdocumentaire, un peu tout et n'importe quoi. Le mot regroupe plein de choses très différentes. Il existe des formes où on n'a pas encore mis de nom. Mais tout ça va se décanter avec le temps. Il y a des genres de récits journalistiques qui vont disparaître, d'autres qui vont se corriger... »



La parole aux auteurs 1/2

axelle_de_russeAxelle de Russé est photojournaliste. Elle a obtenu le prix Canon de la femme photojournaliste en 2007 pour son reportage sur le phénomène des concubines en Chine. Le sujet va devenir un webdocumentaire, diffusé sur le site de France 5 en février.

« Le webdocumentaire donne une deuxième vie au reportage photo »

Trois mois en Chine. « Tout est parti du reportage photo en Chine. J'y suis restée 3 mois, deux journalistes m'ont rejoint pour le texte. Le reportage a été exposé au festival, Visa pour l'image, à Perpignan. Cécile Cros et Laurence Bagot, les deux créatrices de Narrative, une agence de documentaires pour les nouveaux médias l'ont vu et m'ont demandé de réaliser un webdocumentaire à partir des photos déjà prises.

Mise en valeur du reportage photo. "Le film dure 13 minutes, il contient environ 150 photos. A Perpignan, il n'y avait que 35 clichés exposés. J'ai du rechercher de nouvelles photos. « Le journal d'une concubine » a donné une deuxième vie au reportage. Ca le met en valeur et ça permet de toucher un autre public. En terme de réalisation, le travail est différent, il fallait aussi des images de transition pour passer d'un plan à l'autre, préparer des séquences et tout réécrire, quasiment comme pour un scénario. Deux journalistes, Marina de Russé, ma sœur, et Elsa Fayner, m'ont accompagné sur le projet.

Plus d'un an de travail. "Il sera en ligne en février, nous avons commencé à travailler dessus, il y a plus d'un an. Grâce à l'aide du CNC, du Scam et de France 5, le webdocumentaire sera vraiment interactif. Quelque part c'est aussi un approfondissement du reportage photo. Le projet comprend 3 volets, la dernière partie traite des nuits shanghaiennes, un univers spécial, qui n'avait pas été abordé par l'exposition photo à Perpignan et dans les publications.

Nouveau débouché. "La possibilité de réaliser un webdocumentaire change aussi la donne pour la préparation des reportages. Aujourd'hui, quand on part, on prévoit cette éventualité et on amène le matériel nécessaire pour faire des sons. Ce format représente un nouveau débouché pour les photojournalistes même si pour l'instant on ne peut pas s'en sortir financièrement avec le webdocumentaire, seul."

Les internautes découvriront le « journal d'une concubine » en février prochain, sur http://www.france5.fr/.

Un extrait est déjà visible : http://www.narrative.info/

emiland2L'avis d'Emiland

« La photo occupe une grande place dans le webdocu. Et comme le métier de photojournaliste est en crise, j'ai l'impression que le gros des troupes est constitué par les photographes. Mais la distinction est de plus en plus floue. Certains appareils photos commencent à faire des films de super qualité. Et on commence à se diversifier. Dans les écoles on nous apprend à tout faire. Les journalistes sont de plus en plus ouverts à passer d'un média à l'autre... »


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soren2Soren Seelow a travaillé pendant 3 mois sur « Le corps incarcéré », prix du webdocumentaire RFI-France 24, au festival Visa pour l'image, à Perpignan. Diplômé du Centre de formation des journalistes, il a passé 5 ans au Cambodge dans un quotidien francophone. De retour en France depuis 2 ans, il travaille aujourd'hui au monde.fr.

« Ce format est ce qui se fait de plus abouti sur internet »

Une volonté de la rédaction du site. «Le corps incarcéré est né d'une volonté de la rédaction en chef du site de se positionner à la fois politiquement sur la prison et en tant que diffuseur majeur de webdocumentaires. Après plusieurs rencontres avec d' anciens détenus, le thème du corps m'a semblé intéressant.
Il constitue l'enjeu de la détention, le lieu par lequel le prisonnier souffre et en même temps son dernier bien. C'est la dernière chose qu'il peut revendiquer comme étant la sienne.
Avant, le coupable devait porter sur son corps la marque de sa faute. L'idée ici était de monter que la prison n'avait pas complètement aboli le châtiment corporel, et qu'elle avait ajouté à la privation de liberté, une souffrance physique.

Un travail d'équipe. " Je me suis occupé à plein temps pendant 3 mois de la partie journalistique, les enquêtes, les interviews et le reportage. Le webdocumentaire est protéiforme, mais ce n'est pas un documentaire au rabais. La photo, le son, le texte ou la vidéo doivent être de qualité, je pense donc que c'est nécessairement un travail d'équipe. Je viens de la presse écrite, je n'aurai pas réussi à le faire tout seul. "

La force du son. "D'un point de vue journalistique, c'est aussi intéressant. Pour le montage son par exemple, j'ai travaillé avec Karim El Hadj, journaliste au monde.fr. J'avais 8 heures de rush, la matière était très riche, nous en avons gardé 15 minutes. Le sujet étant basé sur le témoignage des anciens détenus, le matériau sonore était très important. La parole, intime, les renvoyait à la mémoire de leur corps. C'est la force et l'émotion du son qu'on ne retrouve pas dans la presse écrite. "

La photographie stimule l'imagination. "Dès le départ nous avions choisi de ne pas utiliser la vidéo. Le sujet contient peu d'actions et c'est plus reposant de se laisser porter par la parole de quelqu'un sur des plans fixes. La photographie stimule l'imagination. Cela nous paraissait être le meilleur dispositif pour se laisser porter par les témoignages. D'un point de vue pratique, c'est beaucoup plus simple de faire un reportage photo en prison. Avec Léo Ridet, le photographe qui m'accompagnait, on a quasiment cartographié le corps des 4 anciens détenus. Finalement on a pris le parti de ne pas trop les montrer, de rester dans une sorte de pudeur et de les dévoiler progressivement. On ne voit leurs visages qu'à la fin.

Un format ambitieux et prestigieux. "Plus largement, concernant le webdocumentaire, le site internet du Monde se positionne sur ce secteur avant tout pour le prestige. Ce n'est pas rémunérateur, mais ce type de récits est ce qui se fait de plus abouti sur internet. Nous en diffusons régulièrement, ca reste empirique pour le moment. Il n'y a pas de pas de périodicité définie ».

Le corps incarcéré, prix RFI France 24 du webdocumentaire, au festival Visa pour l'image

Dernier webdocumentaire en date sur le monde.fr : mon catcheur ce héros


A la recherche d'une valeur ajoutée

« Ce n'est pas parce que vous mettez 12 photos mauvaises et une musique que vous faites un web documentaire. Beaucoup de webdocumentaires ne sont en fait que des diaporamas sonores. Pour moi un webdocumentaire, c'est du son, de la vidéo et des photos de qualité. Ce format recouvre aussi la notion d'interactivité, un critère peu représenté parmi les projets. Le webdocumentaire n'est pas un format passif, le spectateur doit pouvoir intervenir. »
Jean-François Leroy. Créateur et directeur du festival Visa pour l'image. Membre du jury de préselection du prix RFI France 24 du meilleur webdocumentaire.

« Oublions le mot "journaliste". Les journalistes font du reportage. Quand les journalistes font des webdocumentaires, ils deviennent "auteurs" »
Alexandre Brachet, directeur d'Upian, société de production multimédia.

Si aucune définition n'a encore été accréditée, une règle rassemble la majorité des webdocumentaires. Ces "objets multimédia" dépassent le cadre journalistique. En d'autres termes, pour qu'un webdocumentaire soit réussi, il lui faut une « valeur » ajoutée. La forme n'étant pas normée et encore largement au stade expérimental, il y a à peu près autant d'exemples que de productions différentes.
Chaque créateur de webdocumentaire a fait un choix de production pour valoriser le sujet journalistique qu'il traite. Certains misent sur l'aspect esthétique en donnant à leur documentaire une dimension artistique, presque poétique. D'autres encore jouent sur la dimension interactive du web et proposent des enquêtes lisibles à la carte par le spectateur. Les plus téméraires enfin sont allés jusqu'à transformer leur documentaire en véritable jeu de rôle.
La « valeur ajoutée » est devenue un élément indispensable au webdocumentaire. Pour que le produit fini ait un intérêt, la dimension journalistique seule ne suffit plus.


The ninth floor: entre enquête et oeuvre d'art
ninth-floor

Publié sur « mediastorm », le site de webdocumentaire du Chicago Post.


Réalisé en 2007 par Jessica Dimmock, ce webdocumentaire a nécessité presque trois ans d'investigation. Jessica Dimmock s'est immiscée dans la vie de plusieurs « junkies », à l'origine tous squatters du même appartement sur la très chic « Fifth Avenue » à Manhattan. Simple observatrice des faits, Jessica Dimmock est revenue avec des images criantes de vérité et des témoignages d'une intimité bouleversante. Une matière première riche. Rester ensuite le travail de réalisation.
Jessica Dimmock décide d'en faire un diaporama sonore. Les photos sont choisies avec soin, pour leur beauté et pour ce qu'elles disent des personnages. Il ne s'agit que de portraits et de scènes de vie. Elle superpose aux photos des interviews sonores. Il n'y a pas de commentaire. La journaliste n'intervient que très rapidement à travers des petits textes écrits qui rythment le récit pour donner quelques informations sur les personnages.
Le webdocumentaire de Jessica Dimmock est une oeuvre journalistique. C'est une fenêtre ouverte pour le grand public sur un problème de société contemporain. Mais le produit fini a presque autant de valeur en tant qu'objet d'art que de production journalistique.
Avec « the Ninth floor », on se situe vraiment à mi-chemin entre l'oeuvre d'art photographique et le reportage photo.

Le plus : le produit fini est une véritable création artistique.
Le moins : la musique peut paraître parfois superflue et gêner la lecture de certains spectateur. Elle empêche de se sentir plongés dans la vie de ses personnages.

emiland2L'avis d'Emiland

« Un webdocu, c’est comme un documentaire. Derrière, il y a une démarche d’auteur. Et ce n’est pas forcément de l’actu chaude qui est traitée. Par exemple, si je vais couvrir une manif, que je prends des photos, un peu de son, j’en fais pas un webdocu. Peu à peu, le distinguo commence à se faire… »

Thanotorama: plongez au coeur du sujet
thanatoramaok
De Julien Guintard, produit par Alexandre Brachet (Upian), aidé par la bourse "brouillon d'un rêve numérique" de la scam. Finaliste du Flash Festival 2007, dans la catégorie Arts Graphiques

« Une aventure dont vous êtes le héros mort ». Le pitch annonce tout de suite la couleur: En visionnant ce reportage, vous êtes sur le point de vivre une expérience quasi sensorielle. L'idée de Julien Guintard est simple mais très innovante. Pour faire un reportage sur les métiers qui entourent la mort (pompes funèbres, thanatopracteurs, crématorium, etc), il a décidé de partir du personnage principal de l'histoire: le mort. Et en l'occurence le mort, c'est le spectateur. Le webdocumentaire raconte étape par étape le circuit d'un cadavre, de la table du thanatopracteur au cimetière. Comme s'il s'agissait du jour de sa propre mort, le spectateur qui prend toutes les décisions. Ainsi, on peut choisir entre le crematorium ou le cimetière, ou encore de passer par la case église ou non. Si l'expérience est amusante, l'apport d'information est bien présent. La voix off du reportage guide le spectateur du début à la fin et reste centrée sur le sujet du reportage: les hommes et les femmes qui travaillent tous les jours dans le circuit de la mort.

Le plus : l'angle ludique choisi permet de se détacher de l'aspect dramatique du sujet et de rester beaucoup plus attentif aux informations données par le documentaire
Le moins : le commentaire ininterrompu et l'absence de témoignage trouble l'immersion dans le sujet.

Honkytonk : les webdocumentaires dont vous êtes le héros
honkytonkok
Honkytonk est la maison de production basée à Paris. Ils ont produit « Voyage au bout du charbon », le webdocumentaire sur les mines chinoises, publié par lemonde.fr

Les webdocumentaires de Honkytonk font partie de la nouvelle génération d'interactivité. Le spectateur prend la place du journaliste qui mène son enquête. Il prend lui même ses décisions, il a le choix d'écouter ou non les interviews, d'aller voir tel ou tel endroit, de consulter une carte ou d'avoir des informations complémentaires en cliquant sur des icônes de documentation. Le spectateur/journaliste ne peut jamais revenir en arrière quand il a fait un choix. Avec ce genre de webdocumentaire, on se situe vraiment à la frontière du jeu vidéo.


Le plus : ce type de documentaire est totalement innovant et stimule l'attention du spectateur
Le moins : le côté ludique cache parfois un manque de fond. Qu'apprend-on au final?

emiland2L'avis d'Emiland

« Pour l’instant, la forme joue énormément. Elle intéresse presque plus que le contenu. Pour Voyage au bout du charbon par exemple, on s’est beaucoup extasié devant l’interactivité. Mais finalement, il y a peu de contenu. Quand Mac a sorti ses polices funkies, au début tout le monde faisait des flyers ou des affiches avec. Pourtant c’était horrible. Là, c’est un peu comparable. Il y a un nouveau joujou et parfois ça va trop loin. Sur la forme, le webdocu est encore quelque chose qui est en train de se chercher.»


Financement à tâtons

Si le webdocu se cherche encore une forme, son modèle économique en est aussi au stade des balbutiements. Faire du webdocumentaire n'est pas encore viable.

« Si demain je partais réaliser un webdocumentaire sans faire de publications derrière, je ne pense pas que je m'en sortirais. » Axelle de Russé a pu diffuser son webdocumentaire "Journal d'une concubine" grâce à la diffusion de ses photos dans la presse : Figaro magazine, VSD ou encore Paris Match.
Il n'est pas rare que la production d'un reportage multimédia soit accompagné (ou soit l'accompagnement) d'une publication complémentaire (livre, dvd). Comme tout documentaire, le webdocu coûte cher. D'autant plus quand la créativité nécessite des interfaces de plus en plus sophistiquées, une interactivité de plus en plus élaborée. «Gaza/Sderot a coûté 216 000 euros. Une somme qui comprend la production du sujet mais aussi la réalisation du dispositif interactif : design, la programmation, et l'animation du site au quotidien » raconte Alexandre Brachet, fondateur d'Upian, l'un des six producteurs du projet.
La fourchette des coûts varie. « Voyage au bout du charbon, a coûté environ 30 000 euros en post-production. Lemonde.fr (qui a acheté le documentaire, ndlr), je crois qu'ils ont payé 2 ou 3000 euros », précise Jean-François Leroy, créateur et directeur du festival Visa pour l'image. Mais ses auteurs, Samuel Bollendorf et Abel Ségrétin, ont dû faire appel au CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée). Après sélection, la structure alloue des subventions à certains projets de webdocumentaire. Des aides qui peuvent s'étendre de 5000 à 100 000 euros. La Scam (Société civile des auteurs multimédia) participe aussi aux financements de certaines productions. Sans ces organismes, peu de webdocu verraient le jour en France.
Alors que les médias français sont habituellement frileux face au développement de ces nouveaux types de récits, certains se lancent parfois en interne. Lemonde.fr paye ses propres webdocu. C'est le cas du Corps Incarcéré, dont les auteurs sont des journalistes de la rédaction. Financer sa propre production multimédia s'avère être une des solutions envisageables pour les médias. Mais rarement envisagée. Car, l'information sur le web peine déjà à trouver un modèle économique viable. Difficile dès lors que le webdocumentaire s'en trouve un pour le moment.

emiland2L'avis d'Emiland

« Pour l'instant, il n'y a pas véritablement de modèle économique. Tant qu'il y a les subventions du CNC, c'est très bien. Mais ça n'existe pas partout et ça reste limité. Je suis de nature optimiste, donc je pense qu'on se dirige vers de modèles plus pérennes. Il faut que cela passe par les réseaux commerciaux traditionnels, sinon la viabilité économique du webdocu ne se fera pas dans un futur proche. Certaine formes trop coûteuses risquent de disparaître, comme Gaza/Sderot.


Emiland Guillerme est journaliste à l'agence Capa. Il s'intéresse au webdocumentaire depuis un séjour aux Etats-Unis où il a découvert ces formes de récits journalistiques. Poursuivant ses études au Celsa en France en 2008, il décide d'y consacrer un mémoire interactif.

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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