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Etre une journaliste sportive
Offensive féminine
« Pour l’émission 100% Foot, j’ai passé un pilote comme n’importe quel garçon »
Jeune, femme... et chef !
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A l'heure où les rédactions sportives restent encore très masculines, focus sur des femmes qui ont choisi de faire du journalisme sportif leur métier.


Offensive féminine

Une à Sud Ouest. Une à la Nouvelle République. Une à RTL. Deux au Télégramme... On ne parle pas de machines à café mais bel et bien du nombre de femmes dans les rédactions sportives. Rencontres avec des journalistes au féminin qui travaillent au quotidien dans un bastion masculin.

sport

5%. C'est la proportion de journalistes sportives affiliées à l'Union des Journalistes de Sport en France (UJSF) en 2000. Un déséquilibre qui existe toujours. Même s' « il y a de plus en plus de femmes, surtout dans les médias internet et audiovisuels », constate, optimiste, Hombeline Cabiron, assistante de direction à l'UJSF. Une situation liée au fait que « cette profession s'est construite autour d'un comportement macho, renforcé par une longue tradition de mysoginie », selon une étude menée par deux sociologues du sport en 2008, Nicolas Delorme et Pauline Raul. Et qui reste l'apanage quasi-exclusif des hommes.

Préjugés et conditions de travail

Dans le milieu du sport en général, et du journalisme sportif en particulier, les préjugés machistes ont la vie dure. « Peut-être que les journaux ont du mal à faire confiance à l'analyse d'une femme sur le sport. Ils pensent qu'elles vont le traiter à l'eau de rose », lance Hombeline Cabiron, un brin désabusée. Et puis, tout simplement, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à s'intéresser au sport au point d'en faire leur métier. De-là à ne représenter que 5% des effectifs...
Pour Anne Paulou, journaliste sportive au Télégramme, le critère numéro un de cette inégalité est ailleurs et renvoie à la place de la femme dans notre société. Travailler dans une rédaction sportive implique d'être disponible week-ends, soirs, et jours fériés. Un emploi du temps décalé parfois difficilement compatible avec une vie de famille. « Quand on est maman, il faut s'accrocher et être bien organisée », insiste cette mère de deux jeunes enfants âgée de 45 ans. Comprenez : avoir un conjoint disponible et conciliant. A cela s'ajoutent des conditions de travail particulières. « Il faut accepter de rester plusieurs heures dans le froid ou la pluie pour suivre un entraînement », poursuit la journaliste bretonne. Car être une journaliste sportive implique d'être passionnée.

Dénominateur commun : une passion pour le sport

« Passion », le terme est récurrent dans la bouche de ces journalistes. Anne Paulou, qui suit depuis plusieurs saisons les clubs de Lorient (Ligue 1) et Vannes (Ligue 2), est une grande fan du ballon rond. « Quand j'avais 10 ans, ce n'étaient pas des posters de chanteurs que j'avais dans ma chambre ! Mais des joueurs de foot, du plafond à la moquette ! », se souvient-elle en riant. Isabelle Langé de RTL aussi est tombée dans la marmite du sport quand elle était petite. A 14 ans déjà, elle participe à une émission de sports dans une radio locale. Si les journalistes que nous avons rencontrées n'ont pas connu de difficultés à être embauchées, pas toujours facile en revanche de s'imposer dans ce milieu où interlocuteurs, collègues et publics sont en majorité masculins.

Pré-carré masculin et sports féminins

D'abord, les sports couverts sont conformes aux préjugés hommes/femmes véhiculés par la société. Football, rugby, cyclisme... Des sports prestigieux, très médiatisés - du moins leur version masculine - et qui « restent la propriété quasi-exclusive des hommes », constatent Nicolas Delorme et Pauline Raul dans leur étude sur le journalisme sportif. Aux filles les rubriques patinage artistique ou gymnastique. « Mon premier jour de travail, on m'a dit : "toi, ça serait bien que tu suives les sports féminins". J'ai mis très vite les choses au clair... », raconte Anaïck Mainguy, jeune journaliste sportive à la Nouvelle République. Une situation qui n'existe pas que dans la presse quotidienne régionale. « J'ai toujours rêvé de faire le Tour de France mais on m'a dit que ce n'était pas pour une nana », déplore Isabelle Langé. « Pour un sport comme le foot, je me sens persona non grata ». Ni cyclisme, ni foot, la journaliste radio couvre le tennis et la natation. Attention, des femmes qui suivent des sports d'hommes, il y en a. Citons les correspondantes de l'Equipe à Bordeaux et à Marseille pour le foot. Mais cela reste une minorité.

La question de la crédibilité

En tant que journaliste sportive, la force de caractère semble primordiale pour exercer son métier en toute tranquillité. Sur le terrain comme dans les rédactions, il faut savoir faire face aux regards des gens, qui pour la plupart n'arrivent pas encore à faire rimer sport et femme. Anne Paulou se souvient d'une anecdote alors qu'elle couvrait un match amateur : « je vais vers le capitaine pour demander une photo de l'équipe et là il fait son kékos : c'est une fille maintenant qui s'occupe du foot, je suis sûr qu'elle ne sait même pas ce que c'est un corner. »
Si des journalistes sportives comme Anaïck Mainguy, de la Nouvelle République n'ont jamais connu de réticences de la part de leurs interlocuteurs, il n'en n'est pas de même pour Barbara Schuster, journaliste sportive aux Dernières Nouvelles d'Alsace. Elle se souvient d'une mésaventure vieille de seulement quelques mois : « Mon pire souvenir de journaliste, c'était avec Gilbert Gress, cet été. L'entraîneur éphémère du Racing Club de Strasbourg, entre juin et août. Mes collègues avaient publié des papiers assez virulents sur ses méthodes de travail, pendant que je n'étais pas là. De retour de congé, j'ai moi-même écrit quelques papiers polémiques, mais vraiment dix fois moins méchants que ceux qu'avaient publiés mes collègues masculins. Lors d'un entraînement, il m'a prise à partie, m'a agressée verbalement et m'a bousculée, en clamant haut et fort : « De toute façon une femme n'a pas à écrire sur le foot ! ». Une attitude machiste renforcée par des supporters. « J'ai été entourée d'une cinquantaine de supporters, qui se sont mis à m'insulter et à me traiter de tous les noms ». Un comportement auquel elle ne s'attendait pas. Toutefois, toujours selon la journaliste, certains papiers critiques semblent être excusés d'avance par le simple fait que ce soit une femme qui les ai rédigé, donc une incompétente. « Après un papier un peu critique les gens peuvent se dire : "De toute façon c'est qu'une gonzesse, elle n'y connait rien", et donc ils laissent tomber », ajoute-t-elle.

A Bordeaux, le club des Girondins n'échappe pas à ces constats : Lawrence Leenhardt, correspondante pour le journal l'Equipe depuis dix ans, n'y fait plus attention.

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Un traitement différent de l'information ?

Dans les rédactions sportives, certains responsables des ressources humaines à la recherche de nouvelles formules, n'hésitent pas à intégrer des femmes dans une rédaction sportive, espérant ainsi un traitement différent de l'information.
Anaïck Mainguy se souvient encore des arguments avancés lors de son recrutement au sport à la Nouvelle République : « Ils m'ont dit que ça les intéressait d'avoir une journaliste sportive pour la sensibilité féminine. Selon eux le regard que porte la femme sur le sport est différent de celui des hommes. Mais pour moi il n'y a aucune différence dans la façon de traiter l'info ». Un argument qui ne fait pas l'unanimité. En effet, pour Isabelle Langé, c'est évident : « la femme amène un autre regard sur l'actualité ». En 1998, lors de la Coupe du monde, elle propose un format « qui ne s'est jamais fait en radio », précise-t-elle : les portraits des 22 joueurs de l'équipe de France racontés par leur famille. « C'était très émouvant ». D'ailleurs, pour Anne Paulou du Télégramme, le fait d'être une femme peut aussi être un moyen de rendre le sport plus humain. « On prend des nouvelles des enfants des joueurs, des femmes aussi, surtout si elles viennent d'accoucher. C'est bien car on ne parle pas que de foot », dit-elle l'air amusé.

Ces femmes qui font des métiers d'hommes

Même si en 2009, les femmes sont encore rares dans les rédactions sportives, une évolution se fait tout de même ressentir au fil des années. Malgré les rares curriculum vitae féminins qui arrivent sur les bureaux des recruteurs, les femmes semblent de plus en plus trouver leur place au service des sports. Une situation, qui peut-être, participe également à l'évolution des mentalités que constate Isabelle Langé, journaliste à RTL depuis 1997 : « Je suis une pionnière, j'ai sûrement essuyé les plâtres à la rédaction ». Aujourd'hui, la radio a embauché une nouvelle femme pigiste aux sports, « elle prend moins de scuds et on voit bien qu'il y a un autre respect ». Et ce changement, Hombeline Cabiron de l'Union des Journalistes de Sport en France : « L'époque est en train de changer. ça fait des années que des femmes font des métiers d'hommes ». Comme partout, même si c'est lent, l'évolution est là. Et Anne Paulou de conclure : « C'est un beau métier. Il faut que les femmes le fassent ! ».

Pour aller plus loin :
"Production féminine et domination masculine dans le sous-champ du journalisme sportif", une étude de Nicolas Delorme et Pauline Raul


« Pour l'émission 100% Foot, j'ai passé un pilote comme n'importe quel garçon »

denis

1998-2008. Dix ans de journalisme sportif pour Estelle Denis et de nombreux souvenirs dans les rédactions où elle a officié depuis ses débuts. Et le métier de ses rêves ne s'est jamais transformé en cauchemar : de France 2 et TV InfoSport en 1998, à 100% Foot sur M6 jusqu'en 2008, elle aura connu « zéro difficulté » dans ce monde d'hommes. «On ne m'a jamais fait de remarques macho ou autres. Je n'ai jamais eu à faire mes preuves en tant que femme».

Elle qui a voulu percer dans le journalisme sportif dès son adolescence a toujours été passionnée de football et vécu dans des milieux assez masculins. A en croire la jeune animatrice et journaliste, être une femme n'est pas un frein. Pour Estelle Denis, tout semble être une question de tempérament...

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Jeune, femme... et chef !

« Mon école, ça a été Sud Ouest ». Ancienne espoir du tennis français et passionnée de football, c'est il y a dix ans qu'Audrey Ludwig fait ses premières armes dans le journalisme. Un stage d'observation au journal régional : « Ca c'est très bien passé, après je suis allée taper à la porte du service des sports, pour leur demander un autre stage d'observation ». C'est ainsi que la jeune femme met un pied dans la rédaction. Rapidement, elle enchaîne les CDD pour se retrouver, huit ans plus tard, chef adjointe du service des sports, au siège du journal, à Bordeaux. Une des rares femmes en responsabilité dans le monde du journalisme sportif d'aujourd'hui. Un poste que la native d'Alsace occupe depuis plus d'un an. « Dans la boîte, les réactions ont été très vives, ça a été un gros choc. Des réactions surtout par rapport au fait qu'une femme prenne des responsabilités ». Et son âge, 33 ans, n'arrange pas les choses : « je cumule deux tares : je suis jeune et je suis une femme ! », dit elle en grimaçant, sourire aux lèvres.

« En 60 ans, il n'y a eu que deux femmes aux sports à Sud Ouest Bordeaux »

« Le sport c'est quand même contraignant, c'est ne pas avoir de week-ends, de soirées, d'horaires. C'est encore pire qu'un journaliste classique de locale qui se tape de temps en temps les conseils municipaux ! Si on a des enfants c'est difficile. C'est peut-être ça qui a longtemps freiné les femmes ». Et qui les freine peut-être encore toujours. Stagiaire ou salariée, depuis ses débuts, Audrey Ludwig n'a jamais eu de difficultés à s'intégrer dans ce monde masculin. Même noyée au milieu des journalistes hommes quand elle couvre Roland Garros chaque année. Mais elle sait que la présence féminine dans les rédactions sportives et sur le terrain en intrigue plus d'un. Une « curiosité » pour les collègues comme pour les sportifs interviewés.

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Et si demain elle devait abandonner le sport ? « Aucun souci ! ». Au moins, on ne la prendra plus pour la secrétaire de la rédaction sportive, quand elle décroche le téléphone... Anecdote.

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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