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Quand le crayon dérape

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Une caricature en une d'un quotidien a autant de valeur qu'un édito écrit. En France, seul  Le Monde  et les hebdos comme le Canard Enchaine ou Charlie Hebdo ont conservé cette habitude. Les dessinateurs de presse dérangent, comme l'a rappelé la caricature du président Obama, croqué en mafieux, gay et terroriste dans le même dessin. Peuvent-ils tout se permettre ?

Sarkozy et son petit chateau de sable. Dessin d'Adjim Danngar

Croquis inacceptables ?

En 2007, une série de dessins caricaturant le prophète Mahomet parus dans un journal danois avait déclenché une polémique sans précédent. Dans la foulée, Cabu, pour Charlie Hebdo avait été critiqué par les Musulmans de France. Et Ben Heine, dessinateur belge, s'est vu accuser d'antisémitisme après la publication de dessins sur le conflit israélo-palestinien. Leurs dessins n'ont pas été bien reçus. Sujet sensible ? Le dessinateur Serguei lui, reconnaît que pour certains thèmes, il faut « l'art et la manière », notemment sur le plan religieux. Adjim Danngar, un jeune dessinateur originaire du Tchad qui collabore au journal satirique Le Miroir et le titre tchadien pour la jeunesse Rafigui reconnaît lui aussi que certains sujets sont délicats, mais cela est d'autant plus intéressant : « il y a dessin que j'ai fait, il y a longtemps, sur une religion, et que je désavoue aujourd'hui car j'étais en colère. C'est une offense gratuite de taper là où on sait d'avance que ça fera mal ». Tous les dessinateurs n'ont pas toujours eu autant de considération pour leurs modèles.

Du temps de l'affaire Dreyfus, les caricatures étaient particulièrement féroces, plus que teintées d'antisémitisme, comme celles de Moloch. La propagande nazie s'est appuyée sur le dessin, tout comme la France collaborationniste. Aucun de ces dessins n'étaient déjà acceptable de ce temps là. Mais ils illustrent parfaitement la force de frappe du message qu'ils délivrent. Un petit dessin sera toujours plus aisément compréhensible que trois colonnes au milieu du journal. La nécessité de simplifier, d'éclaircir, pour faire comprendre vite à ceux qui n'ont pas forcément tous les éléments d'actualité en tête. Et le dessin, au même titre que l'écrit, appartient à la liberté d'expression.

En France, « on se fait pipi dessus »

En France aujourd'hui, beaucoup de titres de presse sont la propriété d'industriels proches du pouvoir, les dessins de la presse généraliste ont fini par perdre de leur saveur et de leur impertinence au fil des années. Serguei, qui livre régulièrement ses dessins au Monde, a fui l'Argentine en 1978 pour des raisons de censure. Mais vis à vis des rédactions françaises actuelle, il est sans concession, tout en prêchant pour sa paroisse : « actuellement tout le monde se fait pipi dessus. Sarkoland n'arrange pas les choses. Et maintenant, on a tendance à remplacer les dessins, les caricatures, par des photos qui bien souvent n'ont aucun intérêt. Voir des puissants monter ou descendre des escaliers, on s'en fiche un peu ». Martine Aubry en gros éléphant ou Christine Lagarde relookée en domina aux bas résilles n'est impertinent que le temps de voir le dessin. C'est amusant, mais est-ce dérangeant ? La première n'a pas réagi personnellement, et la deuxième reconnaît avoir trouvé ça drôle. Il faut lire Le Canard Enchainé, Charlie Hebdo ou feu Siné Hebdo pour retrouver régulièrement des dessins un peu « limite ». En témoigne, chaque semaine, la dernière page de Charlie Hebdo qui recense les unes auquels les lecteurs ont échappé.

Internet, une deuxième vie ?

 Internet a quelque peu modifié la donne des dessinateurs de presse. Adjim Danngar, se voit directeur de publication, directeur de la rédaction et dessinateur de son propre blog. « Je n'ai pas de contraintes éditoriales ». Mais la visibilité n'est peut être pas toujours au rendez-vous, pour un dessinateur débutant. Et il n'est pas évident de s'astreindre seul à une discipline de publication régulière. Pourtant c'est peut être la planche de salut des dessinateurs de presse. En Amérique du Nord, les dessinateurs ont moins de scrupules, comme Daryl Cagle, dessinateur pour le site MSNBC.com., qui met à disposition des internautes de nombreux cartoons. En France, on peut noter que les Pure Player comme Backchich ont fait des caricatures et des dessins une belle valeur ajoutée à leur site. En Belgique, Pierre Kroll, dessinateur pour le quotidien Le Soir, présente également ses archives sur Internet de façon originale.

Au fil de l'enquête, difficile de savoir ce qu'est un dessin acceptable, la sensibilité de chacun, son vécu, sa culture rendent les critères d'appréciation très personnels: « C'est avant tout un dessin qui me plait et avec lequel je prends pied » explique Adjim Danngar. « Et sans haine ni racisme. Ca peut déplaire par rapport à mon point de vue. Je ne peux pas prévoir l'humeur des gens. Mais j'ai du quitter le Tchad parce que mes dessins dérangeaient le pouvoir clanique et son système. Les tchadiens aiment bien les dessins d'humour. Depuis que je suis en France, réfugié, donc protégé par l'état, je n'ai pas reçu de mauvaises remarques à propos de mes dessins, sur place... Curieusement je reçois plutôt des encouragements ! Mais les politiques ne me connaissent pas ! » Gageons que la situation sera différente d'ici quelques mois. Le métier selon lui ?« c'est un bout de pain qui me nourrit et me permet de tenir sur mes jambes. Le dessin nourrit ma curiosité et m'invite à la découverte, à l'apprentissage, à la reflexion, aux rencontres, aux partages simplement. ». Une vraie philosophie.

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EN BREF

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Le couperet tombe pour Charlie Hebdo

La société éditrice de Charlie Hebdo a été condamnée par le tribunal de grande instance de Paris pour licenciement abusivement envers le caricaturiste Siné. Maurice Sinet  avait été remercié après la publication d'une chronique le 2 juillet 2008 ironisant sur une possible conversion de Jean Sarkozy au judaïsme. Selon Philippe Val, directeur de publication de l'époque, ces propos pouvaient être perçus comme antisémites. Les éditions Rotatives devront verser 40 000 euros de dommages et intérêts à l'intéressé pour préjudices économique et moral, et publier leur condamnation dans l'hebdomadaire.

Qui sont les "sans-télés" ?

Dans son dernier livre Pas très cathodique. Enquête au pays des "sans-télé" (Éditions Erès, Sociologie clinique), le sociologue Bertrand Bergier s'est intéressé aux 2% de Français réfractaires au petit écran. De 2006 à 2009, il est parti à la rencontre de 566 de ces familles pas très cathodiques. Etudiants, sexagénaires retraités, ouvriers ou employés, ils ont tous abandonné le téléviseur " par choix " et non par économie. Ils ne sont pas coupés du monde non plus puisqu'ils " investissent beaucoup dans Internet et la presse ", dixit l'auteur.

Un caricaturiste traîné en justice par le président sud-africain

Le président sud-africain, Jacob Zuma, réclame 4 millions de rands (soit près de 450 000 euros) de dommages et intérêts au South Africa’s Sunday Times et un million de rands au dessinateur Jonathan Shapiro. En cause : une caricature publiée dans le journal en septembre 2008. Sur ce dessin, le président est représenté le pantalon au niveau des chevilles et s’apprête à violer une femme symbolisant la justice. Une caricature qui aurait, selon lui, endommagé sa réputation, alors qu’il s’apprêtait à entrer en campagne pour devenir président.

La fin du règne de Larry King

 Le roi du talk-show made in USA fera sa dernière émission vendredi 17 décembre sur CNN. Après 25 ans de carrière et plus de 50 000 interviews, Larry King et ses célèbres bretelles prennent leurs retraites. King est une véritable icône aux Etats-Unis. De Nixon à Obama, tous les présidents américains se sont succédés sur le fauteuil mythique du show de Larry King, avec des audiences pouvant aller jusqu'à 20 millions de téléspectateurs. La chaîne a réservé à son vétéran un final digne du King Larry.

RSF récompense le journalisme indépendant

Le prix de la liberté de la presse 2010  a été décerné par Reporters sans Frontières et la Fnac au journaliste iranien Abdolreza Tajik, ainsi qu'à la station de radio somalienne Radio Shabelle. Abdolreza Tajik, membre du Cercle des défenseurs des droits de l’homme, a été responsable des pages politiques dans de nombreux journaux interdits par les autorités iraniennes. Il est aujourd'hui consacré pour la qualité de son travail et son engagement pour la défense de la liberté de la presse en Iran.  Incarcéré pour la troisième fois en juin 2010, il est toujours en prison. Radio Shabelle est la station  privée la plus réputée de Somalie pour son indépendance. Quatre de ses journalistes ont été assassinés en 3 ans, dont son fondateur Mokhtar Mohamed Hirabe.

En Hongrie, un projet de loi menace les journalistes et leurs sources

Il n’y a pas que les journalistes français qui rencontrent des problèmes lorsqu’il s’agit de protéger leurs sources. L’ENPA (European Newspaper Publishers Association) a exprimé des craintes, lundi 13 décembre 2010, sur un tout nouveau projet de loi du gouvernement hongrois. Si la loi venait à être votée, la liberté de la presse dans le pays serait grandement limitée puisqu’il deviendrait possible de condamner à de lourdes sanctions les journalistes et les entreprises de presse qui refuseraient de partager l’identité de leurs sources ou qui délivreraient des informations que le gouvernement considèrerait comme peu convenables.

EcuRed : le monde selon Castro

Elle a près de 20000 articles, elle est élogieuse quand elle parle des dirigeants cubains et très critique quand elle parle des États-Unis, c'est, c'est , c'est... une nouvelle encyclopédie en ligne. Inaugurée très officiellement par le gouvernement cubain mardi 14 décembre, elle a l'ambition de concurrencer Wikipédia pour apporter un regard "décolonisateur" sur le monde et l'histoire. EcuRed, c'est son nom, reprend dans les grandes lignes le design de l'encyclopédie participative pour "créer et diffuser le savoir de tous et pour tous, depuis Cuba et avec le monde". Comme Wikipédia, tout le monde peut contribuer à cette somme de connaissances, mais c'est à la condition de s'être enregistré et pour cela, il faut avoir une adresse mail cubaine... L'étape suivante reste bien sûr que la contribution soit acceptée par un modérateur. Alors que les États-Unis y sont dépeints comme un "empire contemporain" qui a historiquement pris "par la force des territoires et des ressources naturelles d'autres nations", Fidel Castro y est dépeint comme un phare spirituel pour le monde entier : "Il participe désormais au débat d'idée à l'échelle mondiale. Avec son autorité morale, il influence des décisions importantes et stratégiques sur la révolution." Tous ces "articles objectifs" convaincront-ils les internautes ?

Le "Gotha noir"

A la manière du Who's Who, la bible du contact professionnel listant chaque année les 22 000 personnes contribuant au rayonnement de la France, la communauté noire a lancé son propre catalogue : le "Gotha noir". Il recense 200 femmes et hommes " au parcours exemplaire " et ayant "au moins un parent noir". Ce livre est édité par Club Efficience, un cercle de réflexion oeuvrant pour une meilleure visibilité des Noirs dans la société française.

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