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Dossier : Retoucher, c'est tromper ?

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Dossier : Retoucher, c'est tromper ?
« Les journalistes sont victimes du mythe de la photographie
Petits arrangements avec l'histoire
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Retoucher une photographie ? Un tabou, une pratique honteuse, une hérésie chez les professionnels de l'information. Pour les journalistes, la photo est garante de l'objectivité, de la transparence du réel. Mais, pour André Gunthert, ce grand principe est une pure utopie. Et cela nuit à la crédibilité des journalistes.

Entretien avec André Gunthert. Directeur du laboratoire d'histoire visuelle contemporaine, chercheur et maitre de conférence à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il a fondé la revue Études photographiques. En 2005, il fonde le premier blog scientifique consacré aux études visuelles, Actualités de la recherche en histoire visuelle.

La fabrique de l'information. Que pensez-vous de la retouche de photos dans la presse ?
André Gunthert.
Il n'y a rien de choquant à retoucher une image d'information. Dans la logique actuelle de la press industry, la photographie a pris une place importante qui justifie un recadrage, un travail sur la luminosité... Cette post-production est utile aux médias.

Mais les journalistes semblent réticents à cette amélioration des photos...
La profession a pour théorie que retoucher une photo nuit à l’objectivité. Ceux qui retravaillent les clichés sont considérés comme des manipulateurs, mais le travail quotidien va à l’encontre de ce discours immuable. Dès l’introduction de la photographie dans la presse, au XIXe siècle, les journalistes ont travaillé l’image. Avec la révolution Photoshop, ce travail s’est intensifié et a gagné en qualité. C’est une avancée positive. Les journalistes ne veulent pas l’admettre mais il n’y a pas de photographie "brute". Du choix de l’objectif au travail sur la balance des blancs, tous ces éléments font de la photographie un outil de l’information. Elle n’est qu’une part de la réalité.

Que penser de certaines retouches restées célèbres pour le scandale qu’elles ont suscité ?
La frontière est ténue entre une photo améliorée et une photo truquée. Mais quand elle est franchie, le public sait rappeler les journalistes à l’ordre. Il faut se souvenir que les scandales éclatent toujours quand il existe un élément de comparaison : une version manipulée de la photo contre une version moins retouchée. Le cas O. J. Simpson est l'exemple même des dérives de la retouche. Le 27 juin 1994, Time Magazine a publié en Une une reproduction "noircie" du portrait de l'accusé ce qui a eu pour effet de le rendre plus "menaçant". Les lecteurs ont été vraiment choqués, accusant le journal de racisme

Plus proche de nous, le numéro du Nouvel Observateur consacré à Simone de Beauvoir (numéro du 3 au 9 janvier 2008) pour le centenaire de la philosophe. Le choix de la couverture a fait beaucoup de bruit à la sortie du magazine. Mais il se trouve que cette photo a été retravaillée... mais pas le cliché original que l'on retrouvait dix pages plus loin dans le magazine !

Le public est d'autant plus attentif aux manipulations des images qu'il a désormais accès aux outils de retouche. Aujourd'hui, tous les appareils photos numériques sont fournis avec des logiciels de correction des clichés. Cela a permis au plus grand nombre de se rendre compte des possibilités de la technologie. Le soupçon plane alors sur chaque image publiée dans un média.

Mais quand un scandale éclate, quand la retouche manipule la vérité, les journalistes s'enfoncent dans le déni. Et l'attitude des rédactions virent au comique ! Le magazine Paris-Match qui avait gommé un bourrelet de Nicolas Sarkozy, s'est justifié par des problèmes techniques : "la position sur le bateau exagérait cette protubérance" et qu'en "allégeant les ombres, la correction a été exagérée en photogravure".

Il aurait été plus simple d'expliquer ces choix à un public nourri quotidiennement d''images et donc apte à comprendre. Mais les journalistes n'assument pas publiquement la retouche photographique. C'est parce que la profession s'est enfermée dans un tel discours de rigueur qu'il lui est devenu impossible d'admettre ce travail de post-production. Les journalistes sont devenus victimes du mythe de la photographie "sans retouche". »

Une de Time et de Newsweek sur OJ Simpson

PHOTO UNE NEWSWEEK / TIME MAGAZINE
Crédit photo : Los Angeles Police Department

Une du Nouvel Observateur sur Simone de Beauvoir

PHOTO SIMONE DE BEAUVOIR
Crédit photo : Arthur Shay

Liens web :

Photographie originale d'O. J. Simpson lors de son arrestation en 1994 : http://crime.about.com/od/famousdiduno/ig/sports_mugshots/simpson_oj.htm

Une du Time Magazine sur O. J. Simpson : http://www.time.com/time/covers/0,16641,19940627,00.html

L'analyse des retouches effectuées sur la photographie de Simone de Beauvoir en Une du Nouvel Observateur : http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/01/08/594-simone-de-beauvoir-revue-et-corrigee-par-le-nouvel-obs

Site d'Actualités de la Recherche en histoire visuelle : http://www.arhv.lhivic.org/index.php/

Revue d'études photographiques (revue semestrielle publiée par la Société française de photographie avec le concours du CNL, du CNRS) : http://etudesphotographiques.revues.org/




 

Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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