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Dossier : Retoucher, c'est tromper ?

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Dossier : Retoucher, c'est tromper ?
« Les journalistes sont victimes du mythe de la photographie
Petits arrangements avec l'histoire
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Petits arrangements avec l'histoire

Qu’auraient pu faire Staline, Hitler ou encore Mao s’ils avaient pu utiliser Photoshop ? Obsédés de l’image, vecteur de propagande, les dictateurs du XXe siècle ont excellé dans l’art de la manipulation de la photographie. Mais la retouche graphique n’est pas l’apanage des grands paranoïaques du siècle passé. Il est tellement pratique de modeler la réalité à sa guise.

Faire disparaître les opposants, réels ou supposés : telle est la règle pour les régimes totalitaires. La paranoïa a poussé les dictateurs à effacer les personnes dérangeantes, physiquement mais aussi visuellement. Tout bon dictateur se doit de maîtriser son image. Dans l’histoire de la manipulation des photographies, Staline a ouvert la voie.

Aux côtés de Lénine, la place est chère

1920. De sa tribune, Lénine harangue la foule. Le photographe Goldstein immortalise le moment. Mais le cliché ne va pas garder sa pureté longtemps. Sur l’escalier, l’élément dérangeant s’appelle Trotski, qui est exclu du Politburo en 1927 par Staline. Par conséquent, Trotski disparaît des photos de propagande. Idem pour Kamenev, alors membre du Politburo.

Effacés du cliché, les deux hommes vont aussi être éliminés physiquement. Trotski sera assassiné sur ordre de Staline en 1940, lors de son exil au Mexique ; Kamanev fusillé en 1936.

Avant

Après

Crédit photo : G.P. Goldstein

Comme son homologue soviétique, Hilter aussi a fait modifier les photographies à l’envi. Étonnamment, c’est le chef de sa propagande Joseph Goebbels que le Führer a désiré effacer de ce cliché, pris en 1937. Les raisons de cette manipulation photographique sont encore inconnues.

Quand ce n’est pas pour faire disparaître toute trace d’existence d’une personne, les dictateurs européens font retoucher les photographies pour y paraître plus glorieux. Le culte de la personnalité a obligé Benito Mussolini, Il Duce, à effacer l’homme qui, sur cette image de 1942, tenait la bride du cheval.

Quelques années plus tard, Mao Tsé-toung perpétue la tradition. Provoquer la colère du Grand Timonnier influe sur la composition des photos officielles. Nul besoin de Photoshop pour supprimer les personnes devenues gênantes.

Autre illustre figure du totalitarisme, Fidel Castro ne s’est pas privé d’effacer d’anciens camarades des photos à sa gloire. En 1968, Carlos Franco (au centre) a eu la mauvaise idée de se disputer avec le leader de la révolution cubaine. Expulsé en Italie, il disparaît aussi des photographies où l’on retrouve Fidel Castro.

Le temps s’efface, l’alcool s’évapore

Les chefs politiques totalitaires ont fortement contribué au catalogue des célèbres manipulations photographiques… mais la retouche a aussi permis de lisser la vérité. Pour atteindre un cliché politiquement correct.

Le 2 mai 1945, le photographe Evgueni Khaldeï, de l’agence soviétique TASS, est à Berlin. Il recherche des idées de photos devant le Reichstag en ruine. Un drapeau rouge, qu’il a fabriqué avec un tailleur moscovite à partir de nappes, doit figurer sur le cliché. Il engage deux soldats, l'un pour tenir le drapeau et se pencher dans le vide, l'autre pour tenir les pieds du premier. « J'ai longtemps cherché le meilleur angle, raconte Khaldeï. Je voulais que la photographie montre quelque chose de Berlin. J'ai utilisé une pellicule entière, 36 clichés. » La photographie qui deviendra le symbole de la chute du Troisième Reich n’a donc pas été prise sur le vif.

En prime, l’image « fabriquée » a été retouchée à Moscou. Par la volonté des censeurs soviétiques, il a fallu gommer un détail : un des deux soldats portait une montre à chaque poignet, preuve de pillage. Sur le tirage resté célèbre, il n'en porte plus qu'une.

Ainsi, ce cliché qui est devenu une véritable icône a non seulement été soigneusement mis en scène, mais en plus retouché.

Sans vouloir nourrir un quelconque culte de la personnalité, les photographies d’hommes politiques sont lissées : il est de mauvais effet de voir un dirigeant poser avec des bouteilles d’alcool.

En septembre 1971, le chancelier allemand Willy Brant rencontre Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti communiste soviétique. Les rumeurs laissaient entendre que les deux hommes étaient plutôt ivres aux cours des négociations. Avérés ou non, ces bruits ont suffi aux médias officiels de l’URSS pour remodeler la photo. Sur la version soviétique du cliché, les bouteilles de vin ont été effacées. Moins frileuse, la presse allemande n’a pas modifié l’arrière plan.

La réalité est capricieuse

Il arrive donc que le pouvoir politique et le politiquement correct contraignent les rédactions à remodeler les photographies. Mais parfois, les retouches sont pensées et réalisées uniquement pour satisfaire les besoins visuels des journaux. Et mêmes de grands titres osent déformer la réalité. En février 1982, le magazine National Geographic publie une couverture qui crée la polémique. Les éditeurs de photographies ont proposé de rapprocher deux pyramides égyptiennes de façon à ce qu'elles tiennent sur une couverture verticale.

La renommée du journal n’a pas été entachée de ce petit arrangement avec la réalité. Mais beaucoup se sont demandés si cette retouche était justifiée. Cette manipulation est certes minime comparée aux réécritures de l’histoire auxquelles se sont adonnés Staline ou Mao. Mais elle est symptomatique des mauvais réflexes qu’ont pris les professionnels de l’information.

Grâce aux technologies, il est devenu possible d’adapter le réel aux idées préconçues des journalistes. Cette facilité innocente est une dérive qu’il est nécessaire d’éviter, même si la réalité est parfois trop capricieuse pour la maquette d’un magazine.

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Edito - Novembre 2008

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C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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